Les Vingt-Sept s’étaient quittés mi-décembre dans l’attente des premières autorisations de vaccins par l’Agence européenne des médicaments (EMA) arrivées le 21 décembre avec Pfizer/BioNTech. Le variant britannique venait d’apparaître. Un mois plus tard, avec 400 000 décès au total liés au Covid-19, ils ont enfin lancé la vaccination, alors que l’agence européenne a validé le Moderna. A la fin du mois, c’est le vaccin d’AstraZeneca que l’EMA devrait encore autoriser.

Tout ceci devrait soulager les dirigeants et inciter à l’optimisme mais le variant sud-africain a aussi fait son apparition et, côté vaccination, tout ne se passe pas comme prévu. Principal casse-tête de ce jeudi: comment éviter la propagation du virus et assurer l’approvisionnement de vaccins dans l’UE alors que la production du vaccin Pfizer/BioNTech accuse déjà de premiers retards dans l’usine mère de Belgique?

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Aux frontières intra-européennes, durcir les mesures ou pas?

Les contrôles aux frontières intérieures de l’Union européenne (UE), qui ont traumatisé au printemps les voyageurs et les travailleurs frontaliers, vont-ils redevenir la règle? Mardi soir, la chancelière allemande a prévenu qu’ils pourraient revenir si les pays de l’UE ne durcissaient pas leurs mesures, y compris le dépistage des variants par le séquençage du génome.

Les Vingt-Sept savent bien qu’avec les variants «il va y avoir un moment difficile à passer», concède une source. Des mesures supplémentaires aux frontières seront nécessaires. Une piste de travail consiste à coordonner les mesures restrictives comme l’exigence de tests PCR négatifs à l’arrivée ou de quarantaines strictes, déjà imposés en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie ou en Espagne et envisagés aussi par le gouvernement français. Aux frontières extérieures pourrait s’imposer la généralisation des PCR négatifs à l’arrivée. Mais les Vingt-Sept ne veulent pas sacrifier les frontaliers ou travailleurs routiers qui devraient, eux, rester exemptés de tout durcissement.

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Côté vaccins, les retards seront-ils vite comblés?

C’est une compétence strictement nationale et les Etats membres n’ont pas tous démarré au même moment. Pourtant, c’est la Commission qui a géré les contrats d’achats et les commandes. Elle en a commandé plus de 2,3 milliards de doses à ce stade, auprès de sept fabricants, dont 300 millions pour le Pfizer/BioNTech pouvant être doublées. Mais ce stock est encore virtuel et la logistique ne suit pas: au sein des Etats membres, insuffisamment préparés, comme dans la production.

En fin de semaine dernière, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a dû appeler en urgence Pfizer, qui venait d’annoncer des retards dans la livraison, réduits finalement à une semaine pour les commandes d’ici à fin mars. Avec Moderna et AstraZeneca, il y aura suffisamment de doses pour 80% de la population européenne à la fin du trimestre, assure-t-elle aujourd’hui.

C’est d’ailleurs avec optimisme que la Commission a invité mardi à vacciner 70% de la population adulte des Vingt-Sept avant l’été, ainsi que 80% des plus de 80 ans et 80% du personnel de santé avant la fin de mars. «C’est faisable», jure Ursula von der Leyen. «Il faut voir si c’est réalisable et faire en sorte que les Etats soient en mesure de vacciner, c’est ambitieux», commente un diplomate. La discussion de ce jeudi servira à faire un inventaire des capacités de production dans l’UE et des plateformes nationales qui peuvent être mobilisées pour accélérer la fabrication.

Le certificat vaccinal européen est-il une autorisation de voyage cachée?

C’est le sujet qui met le plus mal à l’aise: pour voyager de nouveau librement dans l’UE, faudra-t-il à terme un certificat européen attestant de la vaccination contre le Covid-19? Soucieux de ne pas sacrifier la saison estivale, le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a soulevé le sujet il y a dix jours. Les pays sont divisés et des questions «morales» se posent: une personne ne voulant pas ou ne pouvant pas être vaccinée sera-t-elle interdite de voyage dans l’UE?

«La discussion est très prématurée, elle sera pertinente quand on aura une masse critique de vaccinés», reprend notre diplomate. Pour le moment, ce certificat devra permettre de réunir les données de santé et de faire reconnaître mutuellement le vaccin administré. Une autre inconnue existe: à ce jour, rien n’indique que la vaccination arrête la contagiosité. «On pourrait donc toujours avoir besoin cet été d’exiger des tests négatifs ou des quarantaines.»