Nicolas Sarkozy aime les formules chocs. «Notre objectif était que l'Union n'explose pas. Or nous l'avons atteint: l'Europe a sauvegardé son unité sur le Kosovo», s'est félicité vendredi à Bruxelles le chef de l'Etat français, qui présidera l'UE entre juillet et décembre 2008.

Objet de cette satisfaction élyséenne? La confirmation, lors de ce sommet européen d'une journée, du soutien unanime des Vingt-Sept à l'envoi prochain dans la province d'une importante mission de police/justice de l'UE, destinée à prendre le relais de l'ONU sur fond d'accession à l'indépendance. «Cette force civile sera importante et restera sans doute plus longtemps sur place qu'on ne le croit», a complété Nicolas Sarkozy, tandis que dans la salle de presse voisine, le premier ministre britannique Gordon Brown confirmait «le sentiment réel d'une Europe unie, convaincue que la poursuite des négociations n'est plus la réponse appropriée». La dite mission, qui devrait comporter 1800 policiers et juristes, sera commandée par un général français, Yves de Kermabon. Près de 200 experts européens sont déjà sur place, à Pristina et dans le reste du Kosovo, pour en préparer le déploiement.

Indépendance «inéluctable»

Alors que le Conseil de sécurité de l'ONU doit discuter le 19 décembre à New York du rapport de la troïka (UE, Russie, Etats-Unis) confirmant l'impossibilité de parvenir à un accord entre Serbes et Albanais, le sommet de Bruxelles a toutefois davantage été celui de la solidarité face à l'épreuve que celui du scénario assumé en commun. Deux questions, en effet, font toujours l'objet de nuances, voire de divergences au sein des Vingt-Sept. La première est celle des modalités d'accession à l'indépendance et du calendrier. La seconde porte sur l'attitude à adopter vis-à-vis de la Serbie, et de sa collaboration avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

Bien que jugée «inéluctable», l'indépendance unilatérale du Kosovo, en tant que telle, n'a pas été validée à Bruxelles. Le président en exercice de l'UE, le premier ministre portugais Jose Socrates, a répété que le déploiement prochain de la mission n'était pas un feu vert à la scission de l'ex-province serbe administrée par l'ONU depuis 1999. L'UE compte dans ses rangs plusieurs pays ouvertement opposés, ou réticents, à une déclaration d'indépendance des autorités de Pristina, susceptible d'être utilisée comme un précédent par leurs minorités. Chypre est le pays le plus hostile. L'Espagne, la Roumanie, la Slovaquie, la Bulgarie, en prise avec des régions autonomistes, se préparent aussi à ne pas reconnaître le nouvel Etat. Ce que permet l'UE: chaque pays membre étant libre d'entretenir ou non des relations diplomatiques avec des pays tiers.

Relations avec la Serbie

Un flou sur le calendrier en résulte. La seule certitude est que les Vingt-Sept veulent attendre la présidentielle en Serbie du 20 janvier, pour laquelle le sortant démocrate et pro-occidental, Boris Tadic, est donné favori, avant de bouger. «L'Europe, c'est comprendre l'autre et ses problèmes», a justifié Nicolas Sarkozy, en confirmant que la France avait suggéré «de se donner un peu de temps jusqu'à la fin janvier-début février». Le fait que la Russie ait répété hier soutenir une nouvelle reprise des négociations est assuré de compliquer la donne.

Les relations avec la Serbie sont le pendant du dossier kosovar que la Slovénie, présidente de l'UE à partir du 1er janvier, va devoir gérer en priorité. Même si aucune déclaration n'a confirmé cela à l'issue du sommet de Bruxelles, un consensus existe dans l'UE pour envoyer à Belgrade un message positif, sans doute par la signature de l'accord d'association conclu avec la Commission, prélude aux négociations d'accession. «Il faut faire le maximum avant au plus tard la fin janvier», a confirmé le ministre tchèque des Affaires étrangères, Alexandr Vondra. Quitte à éluder la question des criminels de guerre serbes toujours en fuite: «Ne confondons pas la recherche de ces suspects et la possibilité pour la Serbie d'intégrer l'UE», a asséné Nicolas Sarkozy. De quoi décevoir encore plus la procureure sortante du TPIY, la Suissesse Carla Del Ponte, qui réclame à cor et à cri le général Ratko Mladic.