L'Union européenne veut tourner la page des années Poutine. A un mois du sommet UE-Russie, le 26 juin à Khanty-Mansiysk (Sibérie), les Vingt-Sept sont tombés d'accord lundi à Bruxelles sur un mandat de négociation. Une ouverture dans laquelle les Européens espèrent voir s'engouffrer le nouveau président russe, Dimitri Medvedev, réputé plus pragmatique que son prédécesseur.

Les pourparlers entre Bruxelles et Moscou étaient empoisonnés depuis deux ans par les divergences au sein de l'Union. La Pologne avait pendant dix-huit mois opposé son veto en raison d'un embargo russe sur la viande polonaise, levé en mars. La Lituanie avait ensuite pris le relais, exigeant un geste de Moscou sur deux dossiers: l'interruption depuis 2006 des livraisons russes de pétrole à son unique raffinerie et l'actuel bras de fer entre la Russie et la Géorgie à propos de la république séparatiste d'Abkhazie. L'écueil lituanien a été levé hier par la présidence slovène qui a promis, par écrit, d'essayer d'avancer sur ces deux dossiers. L'actuel accord russo-européen remonte à 1997. Personne n'escompte la conclusion d'un nouveau partenariat avant 2010.

«Conflits gelés» de Géorgie

L'heure n'est toutefois pas encore au beau fixe entre la Commission et le Kremlin. Les directives de négociation européennes, gardées secrètes, sont ainsi accompagnées d'une déclaration sur les «conflits gelés» de Géorgie (Abkhazie et Ossétie du Sud) stipulant que le règlement de ces derniers doit se faire «dans le respect de l'intégralité territoriale des pays concernés». Le 1er mai, Moscou a déployé un millier de soldats supplémentaires en Abkhazie, en plus de son contingent de 2000 hommes présents sur place au titre du «maintien de la paix». La tension s'est accrue après la promesse faite par l'OTAN à la Géorgie et à l'Ukraine, lors du sommet de Bucarest début avril, de rejoindre, à terme, l'Alliance atlantique. Et les contestations consécutives aux législatives géorgiennes du 21 mai, remportées par le parti nationaliste du président Saakachvili n'ont rien arrangé...

Un autre point de friction diplomatique majeur est le Kosovo, où la mission Eulex de soutien à l'Etat de droit est très en retard sur son calendrier. Prévu initialement pour le 15 juin, le transfert de compétences des Nations unies vers l'Union européenne est entouré d'un flou total, compliqué par la position de la Russie, résolument hostile à la scission de la Serbie. D'autant que l'enclave serbe de Mitrovica, au nord du pays, demeure pour l'heure hors d'atteinte des autorités de Pristina et de leurs conseillers européens. Une rencontre entre le haut représentant de l'UE, Javier Solana, et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, est prévue jeudi à Stockholm.

Le second fossé, entre Bruxelles et Moscou, est énergétique. L'UE veut intégrer dans la négociation sur un partenariat renforcé les principes de la Charte de l'énergie, que Moscou n'a pas ratifiée. Laquelle met l'accent sur la sécurité des approvisionnements en gaz et la libéralisation des marchés de l'énergie.

Clause «Gazprom»

La Russie, premier fournisseur d'hydrocarbures de l'UE, s'estime en revanche «discriminée» par ces propositions et dénonce en particulier l'obligation que l'Union veut imposer aux entreprises étrangères de séparer leurs activités de production et de transport, avant d'être autorisées à prendre le contrôle de firmes énergétiques communautaires. Cette clause «Gazprom» - du nom du géant russe de l'énergie autrefois dirigé par Dmitri Medvedev - avait été au centre de la dernière rencontre à Bruxelles entre le ministre russe de l'Energie, Victor Khristenko, et le commissaire européen Andris Piebalgs.

L'appétit financier de Gazprom, qui a déjà conclu un accord de partenariat avec le conglomérat italien ENI, avive les craintes des Pays baltes et de la Pologne, tributaires des livraisons russes et inquiets de se voir livrés au bon vouloir du Kremlin. Le spectre d'un rapprochement entre la Russie et la Chine, grande consommatrice d'énergie où Dmitri Medvedev a effectué sa première visite officielle, plane aussi au-dessus des discussions.