L'ambassadrice de Géorgie auprès de l'Union européenne, Salomé Samadachvili, a bien résumé le sentiment dominant à Bruxelles. Dans le Caucase, le Kremlin a infligé une «gifle» à l'UE. Le sommet exceptionnel des Vingt-Sept convoqué ce lundi par la France, qui en assume la présidence jusqu'à la fin de l'année, est donc celui d'une Europe sur la défensive. «On a été pris de court, confirme un diplomate. Par les Géorgiens d'abord. Puis par les Russes. Il s'agit maintenant de jouer fin à moyen terme pour utiliser au mieux nos moyens de pression politiques et économiques.»

Une bonne partie du débat tourne autour de sanctions contre la Russie. Officiellement, celles-ci ne sont pas envisagées à court terme. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, qui avait évoqué cette possibilité, a vite rebroussé chemin. «Le mot sanction n'a pas été prononcé» lors d'une réunion des ambassadeurs des Vingt-Sept à Bruxelles jeudi, a redit l'un d'eux.

N'empêche: leur éventuelle nature, leur ampleur et surtout leur justification politique est à l'étude. A la Commission européenne, une équipe de la Relex, la direction pour les relations extérieures, mouline des scénarios: «Depuis que Moscou a décidé de reconnaître l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, violant l'intégrité territoriale de la Géorgie que l'UE s'est attachée à défendre, nous passons en revue toutes les questions clefs: investissements, visas, dossiers énergétiques», confirme un haut fonctionnaire.

L'inquiétude russe est aussi patente. Le président Dimitri Medvedev a menacé hier de répondre «coup par coup». Tandis que le premier ministre Vladimir Poutine suggérait à l'UE de prendre une «position raisonnable».

Comment procéder alors? Une des idées avancées est celle d'une clause couperet: les Vingt-Sept exigeraient de la Russie qu'elle respecte «intégralement» les six points du cessez-le-feu ramené de Moscou le 12 août par Nicolas Sarkozy. Faute de quoi, des «mesures de rétorsion» seraient envisagées. Une telle formule, le cas échéant assortie d'une date et d'une nouvelle saisine du Conseil de sécurité de l'ONU, permettrait à la fois de satisfaire les pays membres en pointe contre l'expansionnisme russe, tels les pays Baltes ou la Pologne, et les grands européens soucieux de ménager le Kremlin comme la France ou l'Italie. La prise de décision serait renvoyée au prochain sommet UE-Russie, le 14 novembre à Nice.

L'autre priorité de l'UE est de montrer à la Russie que l'axe Bruxelles-Tbilissi et Bruxelles-Kiev demeurent intacts. La Géorgie se livre depuis le début du conflit à un intense lobbying en ce sens à Bruxelles, persuadée que la carte de l'OTAN et des Etats-Unis (période électorale oblige) jouée jusque-là par le président Mikhaïl Saakachvili a fait long feu. Or les autorités de Tbilissi veulent à tout prix, et très vite, un déploiement d'observateurs internationaux pour les protéger des agissements russes: «L'UE est le seul acteur, à l'échelle internationale, qui dispose des outils nécessaires pour le déploiement d'une surveillance sur le terrain contre laquelle Moscou ne peut soulever d'objections», répète l'ambassadrice Salomé Samadachvili.

Les Vingt-Sept pourraient donc renforcer l'équipe de huit personnes du représentant spécial de l'UE pour la Géorgie, Peter Semneby, et lui donner un mandat de vérification du cessez-le-feu. L'idée d'envoyer un contingent militaire a été écartée car elle nécessiterait le feu vert de l'ONU. Le rôle de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont la Russie est membre, est aussi débattu. A Varsovie ou dans les pays Baltes, les sceptiques sont nombreux: «Nous nous sentons sûrs en tant que membres de l'UE et de l'OTAN», affirmait récemment au Monde le président estonien Roomas Hendrik Ilves.

Vis-à-vis de Kiev, inquiète des menées russes, l'UE est également au pied du mur. L'Ukraine a officiellement demandé aux Vingt-Sept de reconnaître sa vocation à «rejoindre un jour l'Union». Un sommet UE-Ukraine aura lieu le 9 septembre à Evian avec, au menu, l'élaboration d'un accord d'association. Les mots pèseront de tout leur poids.

L'UE, enfin, cherchera sans doute à illustrer sa détermination par le gel de plusieurs dossiers en cours avec la Russie. Le lancement des négociations prévues sur un futur partenariat stratégique, l'association de la Russie aux programmes communautaires recherche-développement ou les accords de facilitation de visas sont dans le collimateur.

A Bruxelles, la contre-offensive n'est pas encore à l'ordre du jour. Mais les plans sont bien en train d'être échafaudés.