Tous les navires ou avions à destination de la Syrie au départ de l’Union européenne seront, à partir de lundi, susceptibles d’être arraisonnés et inspectés.

La surveillance renforcée des aéroports, des ports et des bâtiments naviguant dans les eaux territoriales des pays de l’UE fait partie du renforcement de l’embargo sur les armes que doivent approuver à Bruxelles les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept. Selon le texte dévoilé par des sources diplomatiques, les inspections pourront se faire sans l’accord des pays dont le navire ou l’appareil bat pavillon.

«Ce texte crée un socle minimum pour instaurer un vrai contrôle et une surveillance effective du fret qui s’appliquera à tous les Etats membres», expliquait vendredi un diplomate. Point important: les inspections seront évidemment effectuées par les autorités de chaque pays, et elles ne concernent pas le trafic maritime dans les eaux internationales. «Il faudrait pour cela un embargo au niveau de l’ONU, que nous n’avons pas», déplorent les sources bruxelloises.

La question des approvisionnements en armes du régime syrien est sensible. En janvier dernier, les autorités chypriotes avaient inspecté un cargo russe (battant pavillon de Saint-Vincent-et-les-Grenadines) forcé de se dérouter dans le port de Limassol à cause d’une tempête, dont le chargement avait été jugé suspect. Le navire, à destination du port syrien de Lattaquié (bastion de la minorité alaouite au pouvoir) était néanmoins reparti avec sa cargaison, après que ses propriétaires se sont engagés à le dérouter. Les officiels européens ont refusé de confirmer si d’autres affaires de ce type sont survenues depuis.

Liste «noire»

Il est néanmoins clair que pour des raisons de proximité géographique, les ports des îles grecques et ceux de Chypre – qui, ironie du calendrier, assume jusqu’en décembre la présidence semestrielle de l’Union – offrent des possibilités non négligeables aux trafiquants en provenance de l’ex-URSS. En juillet 2011, à Chypre toujours, des containers de munitions saisis et suspectés d’être destinés au Hezbollah libanais (allié de la Syrie) avaient explosé dans une base navale proche de Limassol, causant la mort de 12 personnes et la quasi-destruction de la principale centrale électrique du sud de l’île.

Côté sanctions, une trentaine de personnes et d’entités syriennes devraient être ajoutées lundi à la liste «noire» de l’UE forte aujourd’hui de 49 sociétés ou administrations et de 129 individus. Plusieurs sociétés productrices de coton, l’une des sources de revenus du pouvoir, sont visées. Les Vingt-Sept ne devraient pas, en revanche, s’en prendre au secteur des télécommunications que certains souhaitaient inclure, afin d’empêcher les firmes européennes de continuer d’approvisionner la Syrie. «L’opposition, mais également la population, ont cruellement besoin de communiquer dans de pareilles circonstances, explique une source communautaire. L’objectif est d’asphyxier le régime, pas de rendre le peuple syrien encore plus vulnérable.»