Ce n'est pas si fréquent: réunis au Parlement européen dans le cadre d'une conférence consacrée aux défenseurs des libertés, les activistes des droits de l'homme ont salué la mobilisation de l'Union européenne.

Pour 2007-2013, les Vingt-Sept et l'Europarlement ont alloué plus de 100 millions d'euros à la promotion des libertés dans le monde. Une enveloppe de 10 millions est consacrée aux projets de 11 ONG, dont celle de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) basée à Genève. L'UE finance pour trois ans un programme de l'OMCT incluant des visites sur le terrain, l'envoi de missions d'observations judiciaires et un mécanisme d'aide d'urgence aux victimes. «L'accent est mis sur le soutien à apporter aux défenseurs, se félicite son secrétaire général, Eric Sottas. L'UE bouge sur le terrain.»

Pour sa première visite à Bruxelles depuis sa nomination, la haut-commissaire pour les droits de l'homme, Navanethem Pillay, a exprimé son intention de profiter de cette mobilisation, d'autant plus nécessaire que les lois «sécuritaires» ont, dans presque tous les Etats membres, conduit à une remise en cause de pas mal de libertés. Rappelant que cette réunion de Bruxelles est intervenue deux ans, jour pour jour, après l'assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, la Sud-Africaine a interpellé le haut représentant de l'UE pour la politique extérieure, Javier Solana, sur l'éventuelle nomination d'un commissaire européen aux droits de l'homme. Si le Traité de Lisbonne - bloqué par le non irlandais - est in fine adopté, la diplomatie communautaire sera en effet dotée de moyens accrus.

La Commission européenne a reconnu, par la voix de ses représentants, que les problèmes récurrents de coordination avec l'OSCE et le Conseil de l'Europe compliquent la donne. La volonté de Bruxelles est de soutenir, pour y remédier, des mécanismes régionaux d'aide aux défenseurs des libertés à travers le monde. Hélène Flautre, présidente de la sous-commission des droits de l'homme de l'Europarlement, estime que le «renforcement de la société civile doit être la priorité». «L'Occident a bien accueilli dans le passé les dissidents d'Europe de l'Est, a asséné le journaliste libanais Ali al-Atassi. Il doit en être de même pour ceux des pays en voie de développement qui ont besoin d'être protégés.»