Projeter la stabilité. Désormais impliquée en Irak, l'OTAN peine toutefois à se montrer en Afghanistan à la hauteur du slogan de son 17e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, réunis lundi et mardi à Istanbul (lire ci-dessus). La réunion se déroule un mois plus tard qu'initialement prévu: le président des Etats-Unis, George Bush, l'avait fait repousser, pour assister à la remise des diplômes de fin d'études de ses filles… C'est le premier sommet de l'Alliance atlantique depuis son élargissement en avril à sept ex-pays communistes – l'organisation compte 26 Etats membres.

«Au forceps», note un proche de la réunion. Au terme de longues palabres, l'OTAN a annoncé lundi le renforcement de sa présence en Afghanistan. «De 20 à 30%», jauge le premier ministre belge, alors qu'il faudrait «doubler le nombre de soldats pour vraiment stabiliser le territoire». Guy Verhofstadt a dressé un tableau sombre de la situation. «L'ISAF (Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan) arrive à imposer l'ordre à Kaboul, mais guère au-delà. La situation politique n'est guère meilleure. Il sera difficile d'organiser les élections. L'autorité du président Karzaï ne dépasse pas la zone de Kaboul.» Conclusion: «L'OTAN doit réagir.» La Belgique, qui n'enverra pas de soldats en Irak, contribuera à l'effort.

L'Alliance mettra en place «à court terme» quatre antennes dans le nord du pays, des Equipes provinciales de reconstruction (PRT, selon le sigle en anglais), à Mazar-i-Charif, Meyamana, Feyzabad et Baghlan, respectivement dirigées par le Royaume-Uni pour les deux premières, l'Allemagne et les Pays-Bas. Pendant les élections prévues en septembre, une centaine de soldats devraient venir renforcer chacun de ces PRT, appuyés par un bataillon d'une «force de réaction rapide», deux autres étant mobilisables, affirme l'OTAN – dont les annonces concernant l'Afghanistan n'ont pas toujours été confirmées par les faits. On ne sait pas quelles nations fourniront ces troupes. «Nous ne pouvons pas nous permettre un échec», n'avait cessé de marteler le secrétaire général de l'organisation, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer.

Sécuriser le reste du pays

L'OTAN conduit depuis près d'un an l'ISAF, sous mandat de l'ONU. C'est sa première mission en dehors de ses frontières traditionnelles de l'Europe. Ces 6500 militaires côtoient les 20 000 soldats de l'opération «Liberté immuable» dirigée par les Etats-Unis contre le régime des talibans et le réseau Al-Qaida.

En octobre, l'OTAN, jusque-là cantonnée à Kaboul, avait décidé d'étendre ses opérations en dehors de la capitale. L'intention était restée lettre morte, alors que la création d'une bonne dizaine de PRT avait été claironnée. Seule l'Allemagne avait mis sur pied un PRT à Kunduz et Londres dirigeait celui de Mazar-i-Charif sous la bannière de «Liberté immuable», qui sera donc simplement «reprise» par l'ISAF. C'est que les forces et les moyens militaires manquent, d'autant que 160 000 soldats, dont 138 000 Américains, sont «scotchés» en Irak, que les budgets de la défense sont revus à la baisse ou encore que les armées, héritières de la Guerre froide, sont encore en bonne partie statiques. En Afghanistan, l'OTAN – donc ses Etats membres – a déjà investi de 10 à 15 milliards d'euros, selon un diplomate européen. Les principaux contributeurs commencent à se poser la question du financement. Et la présence de l'OTAN s'annonce longue.