Birmanie

Le viol, arme de guerre contre les Rohingyas

Un rapport de Human Rights Watch accuse les soldats et les policiers birmans

Un rapport de l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), publié le jeudi 16 novembre, accuse soldats et policiers birmans d’avoir commis, depuis près de trois mois, «des viols systématiques contre de nombreuses femmes et jeunes filles», crimes qui s’inscrivent dans le cadre de la répression généralisée contre les Rohingyas. Ce rapport est fondé sur les témoignages recueillis dans les camps de réfugiés du sud du Bangladesh auprès de 52 femmes, 29 d’entre elles ayant été victimes de viol.

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Alors que plus de 600 000 Rohingyas sont désormais réfugiés au Bangladesh, il ne resterait plus en Birmanie qu’environ un tiers de la population originelle, dont une centaine de milliers sont des personnes déplacées depuis une série de violences interconfessionnelles entre musulmans et bouddhistes, en 2012.

«Purification ethnique»

HRW affirme que les violeurs étaient «des hommes en uniforme, la plupart du temps appartenant aux forces armées», et qu’une grande partie des viols ont été commis en réunion. Des femmes ont raconté avoir vu leurs enfants, leur mari et leurs parents périr devant elles, abattus par les soldats ou brûlés vifs dans l’incendie des villages.

HRW dénonce le viol comme une arme de guerre choisie sciemment par la soldatesque birmane: les violences sexuelles ont été, depuis le début d’une répression d’envergure datant de l’hiver 2016, «une réalité permanente et dévastatrice dans le cadre de la campagne de purification ethnique contre les Rohingyas», ainsi que le dénonce Skye Wheeler, chercheuse spécialisée auprès de HRW dans les situations d’urgence et dans les violences faites aux femmes. Pendant ce temps, l’armée birmane a produit son propre rapport, s’exonérant de toutes les accusations portées contre elle.

«Les forces de sécurité n’ont commis aucun crime à l’encontre des villageois, pas plus qu’elles n’ont violé des femmes ou se sont rendues coupables de violences sexuelles contre elles», affirme le communiqué. Le chef de l’armée affirme être arrivé à cette conclusion après une enquête au cours de laquelle plus de 3000 villageois du nord de l’Arakan, dont 2817 musulmans, ont été invités à témoigner.

Des sanctions américaines pas «souhaitables»

En visite en Birmanie, le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a choisi, mercredi 15 novembre, d’adopter une attitude relativement modérée face à la crise provoquée par l’exode des musulmans rohingyas. La réimposition de sanctions américaines «de grande ampleur», comme celles adoptées par le passé au temps de la junte militaire, n’est pas «quelque chose qui, je pense, est souhaitable en ce moment», a-t-il déclaré après avoir rencontré la dirigeante birmane, Aung San Suu Kyi, et le chef de l’armée. Rex Tillerson n’a cependant pas exclu que des sanctions visant des personnes responsables de crimes de masse contre les musulmans du nord de l’Etat de l’Arakan puissent être imposées.

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A Naypyidaw, lors de la conférence de presse organisée en commun avec Rex Tillerson, Aung San Suu Kyi s’est vue forcée de répondre aux questions des journalistes accompagnant le responsable de la diplomatie des Etats-Unis. Réagissant aux critiques qui l’accusent de rester «silencieuse» face à la tragédie des Rohingyas, Aung San Suu Kyi a estimé que les gens devaient en fait trouver que ce qu’elle dit n’était peut-être pas «assez intéressant». Elle a précisé: «Mais ce que je dis n’est pas fait pour être palpitant, c’est fait pour être vrai. C’est fait pour ne pas monter les gens les uns contre les autres.»

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