France

La violence anti-flics et anti-Macron, piège pour les «gilets jaunes»

D’un côté, une mobilisation nationale à nouveau en baisse samedi. De l’autre, un niveau de violence toujours exacerbé contre les policiers et contre le président français. Le visage public des «gilets jaunes» est de plus en plus problématique

C’est un cadeau d’anniversaire assez effrayant que les «gilets jaunes» ont réservé, samedi, à Emmanuel Macron, qui venait de fêter ses 41 ans la veille. Lors d’une mise en scène macabre à Angoulême (Charente), un groupe de manifestants a décapité un pantin à l’effigie du président français. Une «exécution» accompagnée, ailleurs sur le terrain, de nombreux incidents très violents contre les forces de police.

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Un climat de tensions

L’autre image qui restera de ce samedi est la vidéo d’un policier à moto contraint de sortir son arme sur les Champs-Elysées, à Paris, pour éloigner des manifestants qui avaient poussé à terre un de ses collègues. Immédiatement repris en boucle sur les réseaux sociaux, ce film confirme l’ambiance d’ultra-violence qui règne dans beaucoup de groupuscules résolus à poursuivre jusqu’au bout les protestations entamées le 17 novembre, dans un contexte où policiers et gendarmes viennent d’obtenir une augmentation de 150 euros et réclament le paiement de plus de 20 millions d’heures supplémentaires non acquittées par l’Etat.

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Sur les Champs-Elysées, samedi, à l’heure de l’agression contre les policiers, l’atmosphère résumait assez bien la situation d’un mouvement désormais fracturé entre les barrages et actions de sensibilisation organisés en province, une majorité de manifestants favorables au retour au calme pour les fêtes de fin d’année et des commandos désireux d’en découdre, composés soit de «gilets jaunes» extrémistes, soit de casseurs venus les renforcer.

Sur la grande avenue parisienne, que les autorités avaient choisi de laisser libre d’accès samedi aux touristes, aux badauds… et aux protestataires, la situation a plusieurs fois failli dégénérer. Refusant de ceinturer complètement les lieux, les forces de sécurité ont misé sur leur mobilité, par petits groupes, pour procéder aux interpellations des meneurs (plus de 200 ce week-end). Avec un risque collatéral: celui de se retrouver pris en embuscade dans les rues adjacentes, où les agitateurs équipés de masques à gaz se mêlent aisément aux passants. C’est un tir de grenade lacrymogène discutable qui aurait provoqué l’attaque contre les motards.

Ce climat susceptible de virer à tout moment à l’éruption violente est le cauchemar d’Emmanuel Macron. Au Tchad, où il se trouvait ce week-end avec les militaires français de l’opération «Barkhane» déployée dans le Sahel, le président français a promis que «les réponses judiciaires les plus sévères seront apportées», estimant que «c’est maintenant l’ordre qui doit régner, le calme et la concorde». Problème: son entourage concède que les semaines de manifestation ont ébranlé ce quadragénaire devenu, au fil des attaques des «gilets jaunes», l’ombre de «Jupiter». Un long article du quotidien Le Monde relatait, samedi, le calvaire qu’est devenu l’exercice du pouvoir au quotidien pour ce président aujourd’hui hué à chaque déplacement, et contraint de maintenir le secret lorsqu’il se rend en province, comme ce fut le cas jeudi dans une école proche de Soissons (Aisne).

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La peur, mauvaise conseillère

Le simulacre de décapitation d’Angoulême fait écho à l’installation de plusieurs guillotines factices sur des barrages, comme à Redon, en Bretagne, ou dans la région toulousaine. Vendredi, les mots d’ordre des «gilets jaunes» sur Facebook visaient à lui «pourrir son anniversaire». «Sur le papier, cela peut faire son affaire. Les gens n’aiment pas la violence, espère un député de la majorité. Mais la vérité est que le gouvernement a cédé à la peur. Toutes les concessions votées en fin de semaine au parlement (augmentation prévue du salaire minimum, gel fiscal pour les retraités modestes) ont été obtenues grâce à la peur…»

Preuve de cette dangereuse ambiguïté dans cette France qui a le goût des révolutions: 70% des Français continuent, selon un sondage Elabe du 19 décembre, de soutenir les «gilets jaunes». Avec une interrogation: 54% pensent qu’il faut poursuivre le mouvement et 46% souhaitent l’interrompre. Emmanuel Macron – qui s’exprimera de nouveau le 31 décembre – s’apprête sans doute à vivre son pire Noël politique.

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