Une élève de 18 ans sort un pistolet, un élève de douze ans envoie un coup de poing au visage de son institutrice, un adolescent menace ses camarades avec un couteau: à quelques semaines de la fin de l'année scolaire, la multiplication des gestes de violence dans les écoles de Berlin inquiète sérieusement professeurs et responsables de l'enseignement. A droite, dans la perspective des élections régionales de septembre, on réclame déjà un durcissement du code pénal des mineurs.

La course sanglante d'un adolescent de 16 ans, vendredi soir à l'issue du feu d'artifice tiré pour l'inauguration de la nouvelle gare principale de Berlin, a braqué les projecteurs sur la violence des jeunes. Ivre, armé d'un couteau suisse, l'adolescent, au cours de sa dérive d'un quart d'heure dans le quartier gouvernemental, a agressé une quarantaine de personnes, dont plusieurs, sérieusement atteintes, ont dû être hospitalisées.

En marge du débat sur la sécurité du Mondial de football que ce drame a suscité, c'est l'explosion du nombre d'enfants particulièrement agressifs qui inquiète. Au début avril, le désarroi des professeurs du collège Rütli, dans le quartier d'immigrés de Neukölln, avait suscité une profonde émotion en Allemagne. Le corps enseignant, dépassé par le climat de violence ordinaire, avait demandé la fermeture de l'école. Avec un nouveau directeur et un partenariat engagé avec la police et les parents, l'école va mieux désormais.

Mais rien que durant le mois de mai, cinq cas graves sont survenus dans les écoles de quartiers difficiles: Neukölln, Kreuzberg, Moabit. Il y a toujours plus d'élèves qui ont des problèmes graves de comportement dus à un déficit émotionnel ou social, signale l'administration scolaire. Leur nombre est passé de 800 à 3000 en dix ans. En cinq ans, les agressions graves commises par des élèves sont passées de 150 à 572.

Parents dépassés

Selon le commissaire Stefan Bolinowski, chargé de la prévention scolaire dans le quartier de Neukölln, l'augmentation de la violence tient surtout au manque de perspectives offertes aux élèves des Hautpschule, les collèges d'enseignement général, et à la forte proportion d'élèves issus de cultures et d'horizons très différents, alors que les parents sont dépassés ou ont démissionné. Les syndicats d'enseignants exigent toujours plus de psychologues dans les écoles et la sénatrice chargée de la Justice, Karin Schubert, demande que désormais les juges pour enfants puissent ordonner un soutien de la part de l'office de la jeunesse en cas de danger, même contre l'avis des parents.