Conformément aux termes de l'accord «Gaza-Bethléem d'abord» conclu dimanche soir entre Israël et l'Autorité palestinienne, Tsahal (l'armée de l'Etat hébreu) a achevé lundi son retrait de la ville sainte chrétienne qu'elle continue cependant à encercler. Les habitants de la cité ont donc repris une vie d'autant plus normale que les contrôles effectués au «barrage n° 300» (le seul point de passage leur permettant de se rendre à Jérusalem) ont été allégés. De leur côté, 140 policiers palestiniens se sont entièrement déployés dans Bethléem où ils assurent l'ordre en empêchant les militants de certaines organisations combattantes de se rendre à proximité des positions israéliennes afin de les attaquer.

En revanche, la situation est beaucoup plus complexe dans la bande de Gaza où Tsahal a également levé les barrages installés sur la route principale reliant Gaza-City à Khan Younes, mais où les organisations du «front du refus» multiplient les attaques contre les colonies de peuplement juives. Hostiles à l'accord «Gaza-Bethléem d'abord», le Hamas, le Djihad islamique, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), le Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP) et les Brigades des martyrs Al-Aqsa (l'une des branches du Fatah) ont en effet déclenché lundi soir une attaque généralisée sur le bloc d'implantation de Gouch Katif ainsi que contre Kfar Darom et Netzarim situées à quelques kilomètres de là. Particulièrement intenses, les accrochages ont duré plus de vingt heures au cours desquelles un soldat de Tsahal âgé de 19 ans a été tué par un tireur embusqué du Hamas et un adolescent palestinien âgé de 15 ans, abattu par une rafale israélienne.

Dans le même temps, en Cisjordanie, un Palestinien armé, membre des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, a été tué durant un raid de l'armée dans le camp de réfugiés de Tulkarem. Au moins quatre Palestiniens ont été blessés et une quinzaine arrêtés durant cette incursion dans le camp. Hier soir, le frère du chef du FPLP à Ramallah a été tué par une unité spéciale de Tsahal.

Lézardes au sein du cabinet d'union nationale

La conclusion de l'accord «Gaza-Bethléem d'abord» et le fait que la plupart des branches combattantes des organisations palestiniennes refusent de la respecter provoquent en tout cas de violentes polémiques au sein du cabinet d'union nationale d'Ariel Sharon. Pour la majorité (de droite) du gouvernement, le ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer (qui a négocié avec son homologue palestinien de l'Intérieur Abdel Razek Al Yehieh) aurait en effet «agi dans le dos du premier ministre et sans avoir obtenu l'aval des instances concernées». Emmenés par le ministre de la Sécurité intérieure, Ouzi Landau, les «faucons» du Likoud menacent d'ailleurs de le lâcher et de rallier le camp de l'ancien premier ministre Benyamin Netanyahou qui a fixé sa rentrée politique au début de l'automne.

Quant à l'extrême droite, elle affirme par la voix du ministre Effie Eytam (le leader du parti national religieux «Mafdal») que le retrait de Tsahal de Bethléem est «une insulte faite aux Israéliens tués par les terroristes palestiniens avec lesquels Ben Eliezer a entrepris de négocier». Le «Mafdal» réclame donc l'assurance que l'accord ne sera pas étendu à d'autres villes palestiniennes de Cisjordanie sous peine de quitter le gouvernement avant la fin de la semaine.