C'est une Macédoine traumatisée qui se rend aux urnes dimanche pour des élections législatives anticipées. Sa candidature à l'OTAN a été rejetée lors du sommet de l'Alliance à Bucarest, début avril, à cause du veto de la Grèce, qui conteste l'usage du nom de «Macédoine» par le pays et refuse tout compromis sur le sujet.

Le premier ministre Nikola Gruevski a pris l'initiative de convoquer ce scrutin, alors qu'il ne peut guère présenter qu'un piètre bilan. Il y a dix-huit mois, la Macédoine, enclavée entre le Kosovo, la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et l'Albanie, s'offrait une campagne de publicité dans tous les grands journaux du monde: «Investissez en Macédoine, la main-d'œuvre n'est pas chère, et les taxes sont les plus basses d'Europe!» Cette campagne n'a produit aucun effet, et la situation économique du pays ne s'est pas améliorée depuis le retour au pouvoir du parti de Nikola Gruevski, en juillet 2006.

Pour ressouder l'électorat macédonien dans ce contexte difficile, le premier ministre a choisi de jouer la carte identitaire et nationaliste, au risque d'aggraver encore les mésententes avec la communauté albanaise (un quart des 2 millions d'habitants). Une guérilla albanaise avait failli plonger le pays dans la guerre civile en 2001.

Partis albanais rivaux

Malgré les avancées des accords de paix conclus à Ohrid en août 2001, la «question albanaise» a repris une nouvelle acuité. Les Albanais estiment que la décentralisation tarde toujours à s'appliquer et, au grand dam des Albanais, la Macédoine n'a toujours pas reconnu l'indépendance du Kosovo voisin. Dans un pays en proie à de sérieux doutes identitaires, la tentation séparatiste pourrait vite resurgir au sein de la communauté albanaise.

C'est d'ailleurs entre les deux partis albanais rivaux que se joue une sévère concurrence: depuis le début de la campagne électorale, le Parti démocratique des Albanais (PDSH), qui participe à l'actuel gouvernement, et l'Union démocratique pour l'intégration (BDI), qui regroupe la plupart des anciens rebelles de 2001, s'expliquent à coups de kalachnikovs et d'attentats. Jeudi soir, le dernier meeting du BDI à Tetovo, la principale ville albanaise, a viré à l'émeute, après des affrontements entre les deux factions rivales. Depuis l'ouverture de la campagne, début mai, on compte plusieurs morts et de nombreux blessés.