Bangladesh

Les violences au Bangladesh ont troublé les élections législatives

Des morts et des bureaux de vote incendiés lors des législatives. L’opposition a boycotté le scrutin

Les violences au Bangladesh ont tué les élections

Asie du Sud Des morts et des bureaux de vote incendiés lors des législatives

L’opposition a boycotté le scrutin

Le Bangladesh s’enfonce dans l’instabilité, alors que la première ministre Sheikh Hasina a maintenu dimanche, dans un climat de violences, un scrutin controversé et boycotté par l’opposition. Le dépouillement des bulletins sera sans surprise: avant l’ouverture des 18 000 bureaux de vote, la victoire de l’alliance au pouvoir, dirigée par Sheikh Hasina et son parti de l’Awami League, était scellée. Car 153 de ses candidats n’avaient aucun opposant, sur un total de 300 sièges. De facto, la formation du gouvernement leur est assurée.

Pour encadrer ce scrutin tronqué, les autorités ont déployé 375 000 membres des forces de l’ordre et 50 000 soldats. Mais les affrontements ont été l’ordinaire de la journée. Près de 380 bureaux de vote ont dû renoncer à fonctionner en raison d’attaques, et au moins 18 militants ont été tués dans différents heurts. Les médias rapportent une très faible participation des 90 millions d’électeurs appelés aux urnes, et la Commission électorale s’est abstenue de livrer les estimations. Face à l’absence de crédibilité de ces législatives, les pays occidentaux ont renoncé à envoyer des observateurs. Le scrutin était à l’image de l’insécurité et de la plus grave crise politique du Bangladesh depuis son indépendance en 1971.

L’entêtement de Sheikh Hasina à former un gouvernement d’union nationale pour diriger les élections se trouve à l’origine du boycott électoral. Selon les principes constitutionnels antérieurs, elle aurait dû installer, trois mois avant le scrutin, un pouvoir intérimaire neutre, placé sous autorité militaire. Mais la dame de fer de Dacca a aboli ce système, craignant un coup d’Etat de l’armée qui n’en est pas à ses premiers essais. En restant au pouvoir, elle a aussi favorisé sa coalition, dont la popularité était en chute libre aux élections locales. L’opposition, dirigée par sa grande rivale Khaleda Zia et le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), a dénoncé une manipulation politique. La dispute a dégénéré et gagné les supporters des deux camps. Plus de 150 personnes ont perdu la vie durant la campagne. L’ex-première ministre Khaleda Zia a appelé au boycott du scrutin, qualifié de «farce scandaleuse», et à une grève générale jusqu’à mercredi. Suivant sa ligne jusqu’au-boutiste, et malgré les appels internationaux, elle n’a pas cédé d’un pouce, tout comme son implacable rivale.

La guerre de pouvoir entre les deux bégums mine la politique du Bangladesh. C’est dans ce jeu de la surenchère que s’inscrit la montée du courant islamiste, courtisé par un BNP en quête d’alliés. L’affrontement des deux femmes s’est durci, tout comme les idéologies qu’elles incarnent: le BNP conservateur et proche des mouvances islamistes, contre le parti de centre gauche de l’Awami League, laïc et socialiste, dans un pays peuplé à 90% de musulmans.

Depuis septembre 2012, le cycle des violences est ininterrompu. 2013 a été l’année la plus meurtrière de l’histoire du pays, avec un bilan de 300 à 500 victimes. «Alors que le gouvernement a refusé d’œuvrer pour des élections inclusives, l’opposition s’est quant à elle compromise dans une violence sans précédent», dénonce l’éditorial du quotidien The Daily Star. «Le recours à la violence par l’opposition est un crime contre le peuple», ajoute-t-il. Sur les réseaux sociaux se lit le pessimisme des Bangladais: «Pourrait-on avoir la liste des bureaux de vote qui ne sont pas attaqués?» ironise Fahmida. «De quel vote parle-t-on?» commente Shanta. Ou Shaheen, qui s’attriste: «Est-ce là le Bangladesh que nous méritons?»

L’escalade des violences s’explique notamment par la tourmente née avec l’institution d’un tribunal de guerre, en mars 2010, par Sheikh Hasina. Baptisé «Tribunal international des crimes», et cela sans aval international, il a prononcé des condamnations contre de hauts dirigeants de l’opposition, en particulier ceux du Jamaat-e-Islami. Avec ces verdicts s’est rouvert le chapitre noir des massacres de la guerre civile de 1971, qui avait fait 3 millions de morts et opposait les islamistes pro-pakistanais aux indépendantistes alliés de l’Inde. Mais les condamnations prononcées uniquement à l’encontre de membres de l’opposition mettent en question les véritables motivations de Sheikh Hasina. Les procès, perçus comme instrumentalisés, ont exacerbé les forces radicales, qui ont multiplié les attaques contre les forces de l’ordre, les biens publics, mais aussi contre les minorités du Bangladesh.

Avec la perspective d’un parlement sans opposition, les dés démocratiques sont faussés. «Et demain?» s’interroge l’analyste Ashfaqur Rahman: «Le BNP et les autres partis d’opposition ne vont pas accepter les résultats. Cela augure une longue période d’instabilité et de violences.» La communauté internationale aura, elle aussi, du mal à cautionner le gouvernement de Sheikh Hasina, à l’exception probable de l’Inde. Dans un tel climat, les analystes soulignent la nécessité cruciale d’une «réconciliation nationale»: enterrer la hache de guerre entre les deux coalitions adverses, pour la paix au sein d’une population extrêmement pauvre et pour la survie de la démocratie au Bangladesh.

Il faut enterrer la hache de guerre entre les deux coalitions, pour la survie de la démocratie au Bangladesh

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