Afrique

Violences meurtrières en République Démocratique du Congo

Depuis mardi, au moins 34 opposants au président de la République démocratique du Congo ont été tués, selon Human Rights Watch. Des arrestations sont en cours. Le deuxième mandat de Joseph Kabila devait prendre fin mardi

Quatorze miliciens et trois policiers ont été tués mercredi dans des affrontements à Lisala, dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), a déclaré jeudi le gouverneur de la province de la Mongala, Bienvenu Esimba. Jeudi matin, l’armée congolaise a bouclé plusieurs quartiers, où elle a procédé à des arrestations massives.

Depuis lundi, dernier jour du deuxième mandat de Joseph Kabila, la capitale congolaise et la ville de Lubumbashi sont le théâtre d’affrontements meurtriers. L’opposition réclame le départ du président, qui entend se maintenir au pouvoir suite au report du scrutin présidentiel en avril 2018. Agé de 45 ans, il est au pouvoir depuis 2001. L’opposition dénonce sa «stratégie du glissement»,

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Le bilan des victimes depuis mardi varie: Ida Sawyer, directrice de l’organisation Human Rights Watch, parle de 34 morts. Le gouvernement évoque, lui, 22 tués. Jeudi, l’envoyé spécial du magazine Jeune Afrique citait un nouveau bilan de la police congolaise, de 31 morts et plus de 270 interpellations.

L’arrestation massive de jeunes opposants

«L’armée vient de boucler le quartier et procède à l’arrestation de tous les jeunes garçons», adolescents et jeunes gens, a expliqué un habitant du quartier de Matshipisha-Gbadolite. «Tout au long de la route, il y a des militaires», a déclaré par téléphone un habitant du quartier voisin. On peut voir des soldats qui «cherchent les jeunes, maison par maison», a-t-il ajouté.

La veille, le gouverneur de la province du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe, avait dû fuir sous des jets de pierres après avoir tenté une «marche de la paix» destinée à montrer que les autorités maîtrisaient la zone.

La mort d’un gourou

Mercredi, des heurts ont été provoqués par l’attaque d’adeptes d’une secte millénariste. Le gourou de cette secte, Wami-Nene – tué mercredi – voyait dans la fin du mandat du président le début de la fin des temps, ont indiqué Bienvenu Esimba et un prêtre catholique local.

Les miliciens de la secte, armés d’AK-47, ont brûlé 47 maisons et attaqué un marché avant de prendre d’assaut les locaux de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), devenue selon eux «inutile».

La médiation de l’Eglise catholique

L’Eglise catholique a, quant à elle, exigé mercredi qu’un accord soit trouvé avant Noël pour sortir la République démocratique du Congo de la crise provoquée par le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

Elle a joué un rôle majeur dans l’ouverture démocratique pendant les dernières années de la dictature de Mobutu, renversé en 1997 par Laurent-Désiré Kabila, père de l’actuel président. Elle jouit d’une audience sur les questions politiques qui dépasse largement le cercle de ses fidèles, soit environ 40% des quelque 70 millions de Congolais.

Multiplication des appels de la communauté internationale

Craignant que la RDC, Etat de 70 millions d’habitants ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003, replonge dans une spirale de violence, la communauté internationale multiplie les appels au calme depuis des semaines.

Depuis le 16 décembre, l’ONU «a recensé 113 arrestations dans le pays, dont des dirigeants et des sympathisants de l’opposition, des activistes de la société civile et des défenseurs des droits de l’homme, des professionnels des médias».

Depuis 2011, date de la réélection de Joseph Kabila à l’issue d’un scrutin entaché de fraudes, plusieurs centaines de personnes ont été tuées dans des violences urbaines à travers tout le pays. Les dernières en date ont fait une cinquantaine de morts en septembre.

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