Ce mardi, le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir une quatrième fois en urgence, alors que les Etats-Unis refusent toujours l'adoption d'une déclaration appelant à «une cessation des violences», selon les termes proposés.

«Cela se passe avec le soutien des Etats-Unis.» En tweetant, samedi, la vidéo de la destruction, par une frappe israélienne, de l'immeuble à Gaza qui abritait notamment les locaux d'Al-Jazeera et de l'Associated Press, Alexandria Ocasio-Cortez n'a pas mâché ses mots. La jeune élue progressiste de la Chambre des représentants est avide de fermeté à l'égard d'Israël, après l'alignement total de l'administration Trump sur l'Etat hébreu.

La semaine dernière, l'élue Ilhan Omar avait aussi haussé le ton. «Vous ne donnez pas la priorité aux droits de l'homme. Vous vous rangez du côté d'une occupation oppressive», a-t-elle tweeté, à l'adresse de Joe Biden. Une fronde qui se cantonne à l'extrémité la plus à gauche du parti démocrate? Pas vraiment. Ce lundi, 29 sénateurs démocrates se sont fendus d'un communiqué commun pour exiger un «cessez-le-feu immédiat» entre Israël et le Hamas. Et critiquer la posture attentiste de Joe Biden. Le parti se fissure. 

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Aide militaire en question

«Pour éviter toute nouvelle perte de vies civiles et empêcher une nouvelle escalade du conflit en Israël et dans les territoires palestiniens, nous demandons instamment un cessez-le-feu immédiat», a fait savoir le nouveau sénateur de Géorgie, Jon Ossoff, à l'origine de l'initiative. Est-ce que c'est cela qui a fait bouger Joe Biden? Après un nouvel échange avec le premier ministre Benjamin Netanyahou lundi, le président démocrate a finalement exprimé son timide «soutien» à un cessez-le-feu, tout en réaffirmant le «droit d'Israël à se défendre contre les attaques aveugles aux roquettes».

Pour le président démocrate, l'héritage est lourd. La crédibilité des Américains dans leur capacité à soutenir voire à mener des négociations a été entachée par Donald Trump qui a poussé sa position pro-israélienne à son extrême. Et voilà Joe Biden chahuté dans son propre camp. Il avance à petits pas. Le communiqué de la Maison-Blanche reste très prudent. Il fait état de discussions en cours avec l'Egypte «et d'autres partenaires», alors que les Américains ont pour la troisième fois empêché l'adoption d'une déclaration commune du Conseil de sécurité de l'ONU, qui serait trop défavorable à Israël.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, justifie la prudence de Biden, en déclarant une fois de plus que la diplomatie américaine préfère rester discrète et agir en coulisses. Une discrétion qui alimente les divisions au sein des démocrates, et relance la question du soutien militaire et économique à Israël. Un sondage annuel de l'institut Gallup mené en février révélait que 75% des Américains avaient toujours une opinion favorable à Israël. En même temps, jamais depuis 2001 le soutien à la cause palestinienne n'a été aussi élevée, atteignant les 25%. «Le mouvement en faveur d'une politique américaine plus équilibrée, pro-Israël, pro-paix, anti-occupation s'est considérablement développé ces dernières années et est devenu une force majeure au sein du parti démocrate», commente, à USA Today, Logan Bayroff, directeur de communication de J Street, un lobby juif libéral pour la paix au Proche-Orient.

Ces jours, l'aile gauche du parti est logiquement celle qui s'exprime le plus fort. «Les vies palestiniennes comptent», rappelle le sénateur Bernie Sanders. «Nous ne pouvons plus faire l'apologie du gouvernement de droite de Netanyahou et de son comportement antidémocratique et raciste», écrit-il dans une tribune publiée dans le New York Times. Il va jusqu'à suggérer de suspendre les près de 4 milliards de dollars d'aide militaire annuelle versée à Israël. «Si les Etats-Unis veulent être une voix crédible en matière de droits de l'homme sur la scène mondiale, nous devons faire respecter les normes internationales de manière cohérente, même lorsque c'est politiquement difficile.» Bernie Sanders fait partie des 29 sénateurs qui ont signé la déclaration commune, parmi lesquels figurent aussi des centristes, prêts à réévaluer leur positionnement face à Israël.

Robert Menendez, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, d'habitude peu enclin à critiquer Israël, a également surpris. Il a clairement dénoncé, dans un communiqué, les «actions militaires israéliennes qui ont entraîné la mort de civils innocents à Gaza, ainsi que par les attaques israéliennes contre des bâtiments abritant des médias internationaux». Mais Israël peut encore compter sur d'ardents défenseurs dans la hiérarchie démocrate, comme Chuck Schumer, le leader de la majorité démocrate au Sénat. Et côté républicain, l'appui au gouvernement de Netanyahou ne faiblit pas.

Lundi, la révélation, par le Washington Post, du feu vert donné par l'administration Biden à une vente d'armes à guidage de précision à Israël pour un montant de 735 millions de dollars n'a fait que relancer les discussions internes parmi les démocrates. Les membres du Congrès n'ont été mis au courant de cette vente que très tardivement.