Une querelle de circulation a dégénéré en de violents heurts interethniques provoquant la mort d'au moins 20 personnes en fin de semaine passée dans le centre de la Chine. Hier, la loi martiale était toujours imposée dans le village de Nanren, comté de Zhoumo, province du Henan, après que plusieurs centaines de Huis, des Chinois musulmans, se sont affrontés avec des centaines de Hans (l'ethnie chinoise) provoquant l'intervention de «milliers» de soldats et de membres des brigades paramilitaires de la police armée. Il s'agirait des plus importants troubles interethniques en Chine depuis plusieurs années. Pékin reste toutefois muet sur le sujet – les journalistes chinois ayant reçu l'interdiction de relater la crise – pour éviter d'aviver les tensions.

Selon divers témoignages recueillis par les agences de presse internationales, tout aurait commencé vendredi dernier, lorsqu'un camion conduit par des Huis de Nanren tentait de traverser un village voisin peuplé en majorité de Hans. Les camionneurs auraient frappé un villageois entraînant une expédition punitive contre le village de Nanren. Dans un cycle de vengeance, la dispute a alors pris la tournure de larges émeutes, les deux communautés s'affrontant armées d'outils agricoles et de bâtons alors que plusieurs maisons étaient incendiées. Après Nanren, les troubles ont gagné le bourg voisin de Langchenggang.

Selon un chauffeur de taxi du comté de Zhoumo, «plus de dix Huis sont morts et également plus de dix Hans». Les autorités locales – à l'exception du bureau provincial des affaires religieuses – refusaient pourtant de confirmer l'existence même de tensions, une attitude de silence traditionnelle en Chine au nom du «maintien de la stabilité sociale». L'imam de Nanren a toutefois indiqué que deux Huis et quatre ou cinq Hans étaient morts dans son village. Plus tôt, citant des sources locales, le New York Times qui a révélé l'affaire évoquait la mort de 148 personnes dont 18 policiers. Ce chiffre est jugé toutefois excessif par un journaliste de la province qui parle de 150 victimes, blessés compris.

La région est désormais placée sous très haute surveillance militaire, l'accès au village de Nanren étant interdit. De 100 à 200 musulmans venus d'autres régions ont été stoppés à l'entrée de Langchenggang alors qu'ils venaient peut-être en renfort. Un témoin évoque la possibilité de nouveaux troubles, les Hans voulant faire payer l'affront subi. Les tensions interethniques seraient par ailleurs choses courantes mais elles n'avaient encore jamais dégénéré à ce point. Ces dernières années, des troubles entre Huis et Hans ont éclaté notamment au Hebei et entre Huis et Tibétains au Qinghai.

Le Henan, province la plus peuplée de Chine avec 95 millions d'habitants, est également l'une des régions où le christianisme – sous sa forme protestante – se diffuse le plus rapidement. De très nombreux paysans de la province ont par ailleurs été contaminés par le virus du sida à la suite d'un vaste commerce de sang organisé par les autorités. Encore largement agricole, le Henan est à la traîne du spectaculaire développement économique des régions côtières.