L'ONU a décidé d'utiliser la manière forte contre les miliciens qui terrorisent les civils en Ituri, région située au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Au cours d'une vaste opération commencée mardi dans une zone où neuf Casques bleus bangladais ont péri dans une embuscade, les Casques bleus ont tué plus de 50 miliciens lendus.

L'offensive a été lancée aux abords de Loga, située à une trentaine de kilomètres au nord-est de Bunia, une zone actuellement sous contrôle du Front nationaliste et intégrationiste (FNI, majoritairement lendu). Les Casques bleus sud-africains et pakistanais ont notamment utilisé des blindés et des hélicoptères de transport et de combat. La zone où ont eu lieu les combats se situe sur un plateau où plus de 8000 déplacés ont trouvé refuge après la recrudescence des attaques de groupes armés. «Pour protéger les civils, il fallait «nettoyer» les plateaux des miliciens, qui continuent à harceler la population», a déclaré une source proche de l'ONU à Bunia.

Alors que ses opérations se poursuivaient mercredi sur le terrain, la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (Monuc) a affirmé mercredi sa détermination à désarmer les groupes armés dans cette région ravagée par les affrontements interethniques entre Lendus et Hemas qui ont fait plus de 50 000 morts et 500 000 déplacés depuis 1999. Le bilan d'une cinquantaine de miliciens tués est «sans doute le plus lourd jamais enregistré au cours d'une opération de l'ONU en RDC depuis la création de la Monuc en 1999», a indiqué à Kinshasa une source onusienne.

Ce net durcissement, tant sur le terrain que dans les intentions affichées, marque un tournant pour cette force de maintien de la paix de l'ONU, la plus importante dans le monde, avec 16 700 hommes. Révulsée par la mort «atroce» de ses neuf soldats le 25 février, pris dans une embuscade dans une zone contrôlée par les miliciens du FNI, la Monuc a annoncé qu'elle riposterait désormais chaque fois qu'elle serait visée et qu'elle désarmerait de force tous les miliciens s'opposant au processus de démobilisation en cours en Ituri.

«Après avoir commis des crimes de guerre contre nos soldats, achevé les blessés, ils (les miliciens) ont commis hier (mardi) des crimes contre l'humanité en utilisant des populations civiles comme bouclier humain», a déclaré mercredi à Kinshasa le général Collot d'Escury, chef d'état-major de la Monuc. «Des enquêtes ont été lancées pour établir les responsabilités et les bilans de ces crimes […], et pour constituer un dossier qui sera transmis à la Cour pénale internationale (CPI)», a-t-il ajouté.

La riposte musclée de la Monuc intervient au moment où l'enquête sur le meurtre des neuf Casques bleus progresse. Etienne Lona, le chef militaire du FNI, suspecté d'être impliqué dans le meurtre des Casques bleus, s'est rendu de lui-même mardi aux forces de l'ONU à Bunia. Le président de ce groupe, Floribert Ndjabu, a été arrêté à Kinshasa.