Afrique

Viols en Centrafrique: l’ONU dans la tourmente

A l’origine des révélations sur des enfants violés par des soldats français, Anders Kompass a été suspendu de son poste de directeur au Haut-Commissariat pour les droits de l’homme. Le Suédois est-il un lanceur d’alerte ou n’aurait-il pas dû prévenir Paris?

L’ONU accusée d’avoir couvert des viols

Centrafrique Quatorze soldats français soupçonnés d’abus sexuels sur des enfants

A l’origine du scandale, un directeur de l’ONU, qui a été suspendu

Qui est Anders Kompass , le fonctionnaire de l’ONU à l’origine du scandale des enfants violés par des soldats français en Centrafrique? Un «lanceur d’alerte» ou a-t-il au contraire contribué à étouffer l’affaire en prévenant Paris? Depuis les révélations mercredi du quotidien britannique Guardian , le Haut-Commissariat pour les droits de l’homme, à Genève, où le Suédois est directeur des opérations, est dans la tourmente. Anders Kompass a été suspendu le 17 avril dernier. Il est sous le coup d’une enquête administrative et risque d’être licencié.

L’ONU l’accuse d’avoir transmis aux autorités françaises les résultats préliminaires d’une enquête du haut-commissariat sur des abus sexuels commis par ses soldats contre des enfants réfugiés dans un camp alors sous protection de l’armée française, à côté de l’aéroport de Bangui, la capitale centrafricaine. La justice française a confirmé avoir ouvert une enquête préliminaire sur la base des informations de l’ONU le 31 juillet 2014. Une procédure qui, sans les révélations du Guardian , serait restée secrète. Quatorze soldats sont visés, mais rares sont ceux qui ont été identifiés malgré les témoignages parfois précis des enfants.

Les faits présumés se sont déroulés entre décembre 2013 et juin 2014, selon le Guardian, qui a eu connaissance du rapport confidentiel. Les militaires n’opéraient pas encore sous le mandat onusien mais faisaient partie de l’opération Sangaris lancée par Paris en décembre 2013 pour enrayer les massacres interethniques.

Au printemps 2014, l’ONU avait eu vent d’allégations contre les troupes françaises. Le Haut-Commissariat pour les droits de l’homme avait alors dépêché une mission d’enquête sur place. Plusieurs enfants ont raconté avoir été violés par des soldats français. L’un des garçons était âgé de 9 ans, un autre avait 15 ans. Certains auraient été abusés alors qu’ils quémandaient de la nourriture aux soldats. L’Unicef a aussi participé aux entretiens, qui se sont déroulés en juin 2014.

En juillet, le rapport explosif remonte au siège du Haut-Commissariat à Genève. Le Palais Wilson vit alors un interrègne. La haut-commissaire, la Sud-Africaine Navi Pillay, s’apprête à quitter ses fonctions, et son successeur, l’ancien diplomate jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein vient d’être nommé. Directeur des opérations, avec la responsabilité des équipes du Haut-Commissariat sur le terrain, Anders Kompass a forcément eu accès au document et son mot à dire sur la suite de la procédure.

Que s’est-il passé ensuite? Mystère. Le Suédois a-t-il transmis les conclusions de l’enquête aux autorités françaises, exaspéré par l’inaction de la haut-commissaire Navi Pillay, comme le suggère le Guardian ? Mais il ne s’est pas écoulé un mois entre la rédaction du rapport et sa transmission à Paris. Et si Anders Kompass avait voulu éviter que le rapport soit enterré, pourquoi ne l’avoir pas directement transmis à la presse?

Pour Paola Donovan, directrice de l’ONG Aids Free World, qui a eu accès au rapport avant de le transmettre au Guardian , Anders Kompass est bien un «lanceur d’alerte». Elle en veut pour preuve la «réticence de l’ONU à poursuivre les abus sexuels commis par les Casques bleus.» Le principal intéressé est aux abonnés absents. Stock­holm s’est contenté d’un communiqué pour louer la contribution de son ressortissant à la «cause des droits de l’homme». «Une carrière de trente ans au sein des Nations unies vous vaut beaucoup d’amis mais aussi des ennemis», commente une source onusienne. «Nous avons toute confiance dans l’ONU pour qu’elle conduise une enquête impartiale», a expliqué Anders Rönquist, le directeur des affaires juridique du Ministère suédois des affaires étrangères.

L’enquête devra aussi déterminer si Anders Kompass a communiqué les noms des victimes, des témoins et des enquêteurs, ce qui aurait exposé les enfants à des risques de représailles. «C’est effectivement une grande source de préoccupations», confirme Christophe Boulierac, porte-parole de l’Unicef à Genève. «Les enfants bénéficient d’un suivi psychosocial et sont en sécurité.»

Les Nations unies sont réticentes «à poursuivre les abus sexuels commis par les Casques bleus»

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