«En ces temps de tension, marqués par un niveau considérable de violences dans la région, et alors qu'une élection va avoir lieu […] il n'y a aucune initiative à l'heure actuelle pour déplacer l'ambassade même si cela reste l'objectif des Etats-Unis.» Déplacer l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem sitôt son entrée en fonction, était l'une des promesses de George W. Bush. Colin Powell vient de temporiser ce propos de campagne. Il faudra qu'Israël patiente avant de voir son vœu se réaliser.

Cette hésitation américaine traduit l'expectative inquiète dans laquelle se trouvent les Occidentaux à la veille de l'élection – probable – d'Ariel Sharon au poste de premier ministre. A la différence de Bill Clinton qui s'est lancé dans un récent hommage à Ehud Barak diffusé sur une chaîne de télévision israélienne, la nouvelle administration Bush a choisi une attitude prudente face au scrutin: «Nous avons choisi de ne montrer aucune préférence.»

Même précaution chez les Européens, autres parrains d'un processus de paix agonisant. Pas traces dans leurs déclarations de la virulence qui avait prévalu au lendemain de la visite d'Ariel Sharon sur l'Esplanade des Mosquées, le 28 septembre dernier. Cet acte, qui avait lancé l'actuelle flambée de violence, avait été qualifié sans ambages de «provocation». Jacques Chirac – la France assurait alors la présidence de l'Union européenne – y avait ajouté l'adjectif «irresponsable». Joschka Fischer, la ministre allemande des Affaires étrangères l'avait qualifié de «délibéré».

Si les diplomates européens ne cachent pas leur dépit en privé, les déclarations ont baissé d'un ton. La France, qui faisait savoir il y a quatre mois qu'elle considérait le chef du Likoud comme «persona non grata», met désormais l'accent sur les limites de l'action européenne au Proche-Orient. Hubert Védrine insiste: l'UE a «un rôle économique» et pas de «rôle politique au Proche-Orient». La Suède, actuelle présidente de l'Union, se refuse à tout commentaire.

Malgré ce mutisme, Israël s'inquiète d'un refroidissement international à son égard. Hier, le journal Haa'retz évoquait de possibles sanctions des pays de l'UE contre des produits en provenance d'Israël. L'Europe a souhaité savoir quels biens sont produits dans les Territoires. Or, Israël refuse de donner la provenance précise de ses produits. L'Europe pourrait dès le mois prochain passer aux sanctions. Victor Harel, haut fonctionnaire du Ministère des affaires étrangères israélien, a précisé que la direction prise par le processus de paix aurait un impact crucial sur cette question.