Malgré la sérénité qu'affichaient, lundi, historiens et chercheurs, l'histoire, depuis vingt-quatre heures, remonte, nauséeuse. Le rapport Mattéoli, censé mieux décrire le mécanisme des spoliations et des pillages, offre non seulement le visage sinistre d'une époque, l'Occupation, mais le spectacle, glauque, d'une administration française appliquant, sans état d'âme apparemment, les consignes venues du pouvoir de Vichy. On y voit des fonctionnaires à la fois zélés et pointilleux, traitant ce drame comme une affaire courante.

Par cette remarquable mise à jour, qui est aussi mise au jour, nos voisins tentent d'apurer un passé sur lequel ils eurent, longtemps, une peine folle à revenir. Les années y ont aidé. Mais aussi la courageuse approche du passé par Jacques Chirac, au Vel' d'Hiv' en 1995, et la pression ambiante des grandes organisations juives.

Pourtant, le sens premier de cette énorme recherche n'est pas qu'historique. Elle vise à mieux répondre aux questions des enfants de déportés et de tant de victimes juives de la machinerie nazie à laquelle la France eut une part active. La Commission Drai, chargée de donner suite à des milliers de demandes insatisfaites, a été créée pour cela.

Il reste cependant à savoir si les moyens qui lui sont donnés lui permettront d'aller au bout de son projet: suffira-t-il le mécanisme de conciliation prévu par le décret qui l'institue? Saura-t-on laisser tomber les manies pointilleuses de l'administration, toujours à réclamer preuves et documents introuvables? Enfin, la France est, comme la Suisse, sous haute surveillance des Etats-Unis et du Congrès juif mondial, qui pourraient bien ne pas se contenter des chiffres et du flou présents dans le rapport.