Miguel Diaz-Canel Bermudez a 52 ans, de l’humour, des mèches d’argent et un sourire qui lui valent le surnom de «Richard Gere cubain». Nommé premier vice-président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres dimanche, il pourrait devenir le prochain président de l’île des Caraïbes. Il remplace au poste de numéro deux du régime un représentant de la vieille garde, le second secrétaire du Parti communiste de Cuba (PCC), José Ramon Machado Ventura, 82 ans, relégué au rang de simple vice-président. Le visage de la «nouvelle génération» de dirigeants introduite par le président Raul Castro, c’est lui.

C’est la première fois qu’un homme né après la révolution cubaine (1959) atteint le sommet de l’appareil du parti. Dans son discours devant l’Assemblée nationale, après sa réélection dimanche, Raul Castro a par ailleurs souligné que son second mandat, qui court jusqu’en 2018, sera le dernier, conformément aux limites qu’il a lui-même fixées.

Ouverture et continuité

«Son choix dénote une volonté d’ouverture dans la continuité, relève Marie-Laure Geoffray, maître de conférences à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine à Paris (IHEAL). Depuis cinq ans, le président cubain met en place des réformes économiques qui paraissent faibles, mais qui sont importantes, même s’il n’y a aucune remise en question du fonctionnement du parti.»

Miguel Diaz-Canel, bien qu’il soit beaucoup plus jeune que les caciques du Parti communiste, a gravi les échelons de l’appareil du PCC pas à pas et en connaît les arcanes par cœur. «Sans être ­dogmatique, il ne dévie pas de la ligne», ajoute Marie-Laure Geoffray.

Miguel Diaz-Canel «n’est pas un parvenu ni un improvisé», a d’ailleurs souligné Raul Castro lorsqu’il a présenté le curriculum vitae de son nouveau bras droit. Né en 1960 dans la province de Villa Clara, il fait des études d’ingénieur électronique à Las Villas. Il intègre la Jeunesse communiste, dont il devient numéro deux, puis débute sa carrière politique en tant que premier secrétaire du parti dans sa province. Il a pu nouer des liens avec l’armée pendant son service militaire au sein d’une unité de missiles antiaériens. En 2009, ce père de famille de deux enfants est nommé ministre de l’Education supérieure, un secteur central, aux yeux du régime, pour perpétuer le socialisme cubain.

En désignant son successeur potentiel, le président cubain, qui aura bientôt 82 ans, anticipe le vide politique que pourrait provoquer un décès ou une maladie. Mais son nouveau second n’est pas à l’abri d’un limogeage, comme cela s’est déjà produit à l’encontre de plusieurs cadres proches de Fidel Castro par le passé. Les prochains mois diront si Miguel Diaz-Canel conforte son assise politique pour incarner l’avenir du pays. «Tant que Raul Castro est là, il a la légitimité de l’adoubement. Mais si le président venait à disparaître, ce serait la porte ouverte aux luttes de pouvoir», relève Marie-Laure Geoffray .