France

La vision de François Hollande pour 2025

Pour sa rentrée politique, l’exécutif s’est réuni à l’Elysée pour un séminaire de prospective consacré à l’avenir du pays, tout en précisant travailler à résoudre les problèmes immédiats. L’opposition ironise

Un président et un gouvernement de retour aux affaires, après des vacances limitées à leur plus simple expression. Réunis par François Hollande à l’Elysée lundi matin, les ministres ont donné d’eux-mêmes une image studieuse, planchant de concert sur la France dans dix ans, au cours d’un «séminaire de réflexion stratégique» qui marque la rentrée politique. Le message adressé aux Français d’un exécutif qui travaille à la fois à résoudre les problèmes immédiats et à dessiner l’avenir tranche avec le climat de l’année dernière, à la même époque: les vacances du chef de l’Etat au fort de Brégançon avaient été vivement critiquées. ­Elles avaient marqué le début du «Hollande bashing» et de la baisse de popularité du président de la République dans les sondages.

Le socialiste a retenu la leçon. L’exécutif fait une rentrée précoce après deux semaines de pause pour les ministres, une seule pour le président et une dizaine de jours pour le premier ministre. «Les nations qui réussissent sont celles qui se projettent dans l’avenir», a fait valoir Jean-Marc Ayrault dans une déclaration depuis le perron de l’Elysée à l’issue du séminaire. Pour contrer le déclinisme et le pessimisme ambiants, l’exécutif veut «tracer un cap», «une stratégie» à dix ans, «une vision pour l’avenir». «Parce qu’une décennie, c’est le temps du possible, c’est une durée suffisante pour traduire des choix, pour rendre visibles les investissements engagés, pour modifier les comportements», a expliqué François Hollande. Le chef de l’Etat n’a pas manqué de critiquer la politique menée par la droite lorsqu’elle était au pouvoir: «Depuis 2002, la France a vécu une décennie perdue: dégradation de sa compétitivité, repli de sa production industrielle, atonie de la croissance, aggravation des inégalités, affaiblissement du modèle républicain», critique-t-il.

Jean-Marc Ayrault le reconnaît aussi: «La France a pris du retard dans la mondialisation.» Ses entreprises sont trop petites, trop peu tournées vers l’exportation, pas assez spécialisées sur des créneaux porteurs. Ainsi, l’un des principaux enjeux concerne la définition de secteurs de production d’avenir ­et/ou innovants. «Notre stratégie à dix ans doit créer le meilleur ­environnement pour les entreprises exportatrices, simplifier l’Etat pour le rendre plus fort et plus rapide, stimuler l’innovation et la création, organiser les nouvelles filières industrielles (le numérique, les biotechnologies, le stockage de l’énergie…) et cultiver l’exception française (l’agroalimentaire, le luxe, la culture, le tourisme)», a indiqué François Hollande. A l’issue du séminaire, Anne Lauvergeon, qui préside une commission sur l’innovation (lire ci-dessous), a évoqué d’autres pistes, comme le développement des protéines végétales ou de la «silver economy», l’économie tournée vers les seniors, notamment par le développement de la robotique ou de la domotique.

Pour ne pas paraître trop déconnecté des difficultés actuelles du pays, François Hollande a par ailleurs assuré que «des réponses seraient apportées d’ici à la fin de ce mois» sur plusieurs chantiers en cours: la préparation du budget 2014, la réforme des retraites ou l’inversion de la courbe du chômage à la fin de l’année.

Le séminaire a été raillé par l’opposition, qui le juge «surréaliste» et digne «d’un concours de la copie de Madame Soleil à Nostradamus». Les réflexions qu’ont dû rendre les ministres, publiées pour certaines sur le site du Point, ont donné prise à cette ironie. Plusieurs ministres y font assaut d’optimisme en décrivant leur vision de la France en 2025. Pierre Moscovici, le responsable de l’Economie et des finances, juge ainsi «réaliste» un retour au plein-emploi dans un pays qui devrait avoir «pleinement recouvré sa souveraineté budgétaire». Le patron de Bercy admet toutefois que la France, actuelle cinquième puissance économique mondiale, n’occupera plus que «la huitième ou neuvième place». De son côté, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, voit l’Hexagone de retour «dans le concert des grandes nations industrielles» avec une balance commerciale à «excédent structurel».

L’opposition jugele séminaire digne «d’un concours dela copie de Madame Soleil à Nostradamus»

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