La visite d’Alexis Tsipras à Moscou centrée sur l’économie

Des employés d’une coopérative agricole remplissent de grands bacs en plastique avec des pêches. Les fruits seront ensuite jetés ou transformés en jus pour un prix dérisoire. Ces images tournées dans le nord de la Grèce datent d’août dernier, au début de l’embargo décrété par le président Vladimir Poutine sur les produits alimentaires européens. La Russie répondait aux nouvelles sanctions économiques décidées en juillet par l’Union européenne à cause du soutien de Moscou aux séparatistes pro-russes en Ukraine.

Alexis Tsipras et Vladimir Poutine doivent en discuter à Moscou ce mercredi. Le premier ministre grec effectue une visite de deux jours, accompagné d’une délégation de quatre ministres. Il devrait demander au président russe d’exempter Athènes de cet embargo d’un an qui, en Grèce, touche principalement les agriculteurs: 18% des fruits et légumes grecs se retrouvaient dans les assiettes russes. Cette part montait même à 50% pour les fraises et à 25% pour les pêches.

«Mais il faut cependant relativiser les pertes dans ce secteur, explique Charalambos Tsardanidis, professeur à l’Institut des relations économiques internationales à Athènes. Depuis, l’UE a fourni des compensations aux agriculteurs. Ils ont aussi pu exporter leurs produits en passant par d’autres pays qui n’étaient pas dans la liste de ceux qui ont adopté des sanctions contre la Russie, comme la Turquie. Et enfin, certains ont également réussi à trouver d’autres acheteurs.»

Selon lui, le véritable sujet des discussions entre Vladimir Poutine et Alexis Tsipras sera l’énergie. En 2012, Moscou était le premier fournisseur de pétrole de la Grèce avec 33% des importations grecques, selon l’Agence internationale de l’énergie. Plus important encore: plus de 60% du gaz naturel importé par la Grèce vient du grand voisin orthodoxe.

Rabais sur le gaz

Lors de discussions à Moscou, Vladimir Poutine pourrait proposer à Athènes un rabais sur le prix du gaz, ainsi que de nouveaux prêts, selon le quotidien russe Kommersant. Il sera également question du Turkish Stream, ce projet de gazoduc qui doit s’arrêter à la frontière gréco-turque. Lors d’une récente visite à Moscou, le ministre grec de l’Energie, Panagiotis Lafazanis, s’est dit en faveur de son extension à la Grèce, ce qui permettrait à terme d’alimenter le sud-est de l’Europe, mais cette idée ne plaît ni aux Etats-Unis, ni à l’UE. Ceux-ci préféreraient la création du Trans Adriatic Pipeline (TAP), un gazoduc qui passerait lui aussi par la Grèce, mais qui faciliterait l’importation du gaz d’Azerbaïdjan, réduisant ainsi la dépendance européenne à l’énergie russe.

Selon Charalambos Tsardanidis, «dans la situation économique actuelle, le gouvernement grec ne peut pas se payer le luxe de perdre le marché russe». Les investissements directs russes en Grèce n’ont pas cessé d’augmenter depuis dix ans et les touristes sont également de plus en plus nombreux, sauf l’année dernière à cause de la crise en Ukraine et de la chute du rouble.

Mais la position du gouvernement d’Alexis Tsipras agace au sein des Vingt-Huit. Rapidement après son élection, il s’est opposé à de nouvelles sanctions contre la Russie. La rencontre d’aujourd’hui va donc être observée de près. Alors qu’elle devait avoir lieu en mai, elle a été avancée d’un mois. Une décision qui pourrait ne pas être étrangère aux négociations en cours entre la Grèce et ses créanciers pour le versement de la dernière tranche d’aide de 7,3 milliards d’euros. La Russie, qui cherche des alliés dans l’UE, a justement proposé son aide à la Grèce.