A quelques heures de l’arrivée de Barack Obama à Moscou, le président américain et les deux têtes de l’exécutif russe se sont échangés petites flèches et bons mots par médias interposés. Manière de rappeler qu’après une période tendue entre Moscou et Washington, la «réinitialisation» des relations bilatérales ne sera pas chose facile.

Un «homme qui a toujours un pied dans le passé». Barack Obama a évoqué ainsi le premier ministre Vladimir Poutine, alors que «le président Medvedev, lui, a dépassé le clivage de la Guerre froide». Une façon de diviser l’exécutif russe avant d’arriver? Vladimir Poutine a répliqué au pluriel: «Nous sommes résolument tournés vers l’avenir».

Ce petit match de ping-pong verbal illustre le contexte dans lequel la rencontre se déroule. Si le ton s’est assoupli depuis l’arrivée de Barack Obama, les dossiers litigieux demeurent. Les présidents Obama et Medvedev tenteront, lors de leur longue rencontre de quatre heures lundi, de mettre en valeur les thèmes sur lesquels Washington et Moscou semblent prêts à s’entendre.

La question du transit de matériel militaire américain vers l’Afghanistan par le territoire russe devrait ainsi être, sauf surprise, la grande avancée. Le Kremlin a déjà annoncé la signature imminente d’un accord, permettant à Washington de compléter le maillage de son réseau d’approvisionnement, fort d’une entente semblable avec le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Alors que l’armée américaine se désengage de l’Irak au profit du front afghan, la signature d’un tel accord, lundi, marquerait de la part du Kremlin un geste de bonne volonté.

La signature d’un traité sur la réduction des armes stratégiques, également présenté comme le dossier clé de cette rencontre, est plus incertaine. Alors que le programme actuel vient à échéance en décembre, les deux anciennes puissances de la Guerre froide, qui semblaient sur le point de convenir d’un accord, ne parvenaient toujours pas ce week-end à s’entendre sur un document commun.

Blocage complet sur l’OTAN

Un recul de dernière minute qui vient rappeler l’équilibre délicat entre Washington et Moscou. Lors d’une interview diffusée par la télévision russe, Dmitri Medvedev a rappelé dimanche que la réduction des armes stratégiques était liée, pour la partie russe, à l’épineuse question du bouclier antimissile que les Américains entendent déployer en Europe de l’Est, malgré l’opposition du Kremlin. Pour le président russe, une entente sur le bouclier devra être trouvée avant la signature d’un traité sur les armes stratégiques. L’administration Obama, plus réservée sur le bouclier antimissile que l’administration précédente, n’a toutefois pas clairement abandonné ce projet.

Sur la question géorgienne, et plus largement, sur l’extension de l’OTAN à l’Est, les deux capitales sont toujours aux antipodes. Washington soutient, à terme, l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’organisation atlantique, essuyant sur la question un refus non négociable de Moscou. Le conflit russo-géorgien de l’été dernier a attisé davantage l’antagonisme, tandis que des exercices militaires à quelques kilomètres de la zone de conflit, effectués en mai par l’OTAN et ces derniers jours par la Russie (voir LT du 2 juillet), illustrent le blocage complet sur la question.

Outre le président Medvedev, Barack Obama s’entretiendra lors de cette première visite avec Vladimir Poutine, l’ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, ainsi que des représentants de la société civile et de l’opposition, bien que la question des droits de l’homme en Russie ne soit pas au cœur de cette visite présidentielle. En mars dernier, la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, avait offert au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, un bouton rouge «de remise à zéro», pour illustrer le nouveau départ des relations bilatérales. Mais malgré l’optimisme poli à Moscou pour cette première visite, il semble bien que le fameux bouton soit toujours bloqué à mi-parcours.