La visite fantôme de la Palestine à Sepp Blatter

L’histoire

Sur le papier, la réunion n’a jamais eu lieu. Le président de la Fédération palestinienne de football, Jibril Rajoub, n’est pas venu en Suisse en fin de semaine dernière afin de rencontrer les proches conseillers de Sepp Blatter, le patron de la FIFA. Le service de communication de la Fédération internationale de football association l’affirme la main sur le cœur: la dernière réunion a eu lieu au Caire, lors d’une assemblée de la Confédération africaine de football. «Il n’y en a pas eu d’autre depuis.»

Pourtant, les déplacements de quelqu’un comme Jibril Rajoub passent difficilement inaperçus. Pendant des années, il a été l’un des hommes les plus puissants – et certainement le plus craint – des territoires palestiniens. A la tête de la «sécurité préventive», jamais très loin de Yasser Arafat, il a maintenu d’une main de fer le contrôle du Fatah sur la Cisjordanie et Gaza. Il faut ajouter que, dès l’âge de 17 ans, il avait été arrêté par les Israéliens pour avoir lancé une grenade sur un bus empli de militaires et qu’il a passé près de deux décennies dans les prisons israéliennes. Berne avait été prévenu de sa venue. Visiblement pas la FIFA.

Aujourd’hui, installé dans son bureau bordant le stade de football de Majed Asaad, près de Ramallah, Jibril Rajoub dit avoir perdu patience. Il y a maintenant plus de deux ans, la FIFA a en effet créé un comité de haut vol (auquel appartient Sepp Blatter) dont le but était de répondre aux plaintes formulées par les Palestiniens. Ces doléances? L’impossibilité, pour les joueurs palestiniens, de se déplacer notamment entre Gaza et la Cisjordanie, lorsqu’ils ne sont pas tout bonnement arrêtés par les soldats israéliens. Tout entraînement digne de ce nom de l’équipe est impossible. Dans le même temps, les joueurs israéliens, eux, s’entraînent parfois sur des terrains situés en Palestine, en violation du droit international.

L’objectif de Jibril Rajoub? «Bannir Israël de la FIFA.» Réponse, embarrassée, de Sepp Blatter, à la réunion du Caire, précisément: «La suspension d’un membre affecte gravement toute l’organisation.» C’est le Congrès de la FIFA, en mai prochain à Zurich, qui tranchera. D’ici là, les Palestiniens comptent leurs amis. Sont-ils assez nombreux pour faire fléchir un Sepp Blatter en quête de réélection?