Hongrie, porte d’entrée dans l’UE. Au moins un millier de personnes venant de Serbie, parmi lesquelles de nombreux Syriens, ont franchi lundi soir la frontière hongroise en longeant une voie ferrée transfrontalière, près du village hongrois de Roszke, a constaté un photographe de l’AFP.

Ce passage en Hongrie, pays de l’UE, s’est effectué quelques jours avant l’achèvement de l’installation de la barrière destinée à empêcher l’arrivée des migrants par cette frontière, annoncée pour le 31 août par le gouvernement de Budapest.

(Vue de la barrière de protection en Hongrie, 24 août, AFP) Ces migrants font partie des milliers de personnes passées par la Grèce puis la Macédoine, qui a vainement tenté en fin de semaine dernière de les endiguer.

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■ Paris et Berlin inquiets. «Nous devons mettre en oeuvre un système unifié de droit d’asile» ainsi qu’«une politique migratoire commune avec des règles communes», a lancé le chef de l’Etat français devant la presse à Berlin, aux côtés de la chancelière, soulignant qu’il s’agissait d’une «situation exceptionnelle qui (allait) durer».

Mme Merkel a relevé que si l’Union européenne a «de manière globale un même droit d’asile», tous les pays européens doivent le mettre en application «le plus rapidement possible».

Un sommet sous tension, jeudi à Vienne. La crise des migrants devrait bouleverser l’agenda du sommet sur les Balkans de l’Ouest qui doit réunir, jeudi à Vienne, des dirigeants de cette région devenue, depuis quelques mois, l’une des principales portes d’entrée vers l’Europe occidentale.

Lorsqu’il a été annoncé l’année dernière, ce sommet, auquel sont également invitées la chancelière allemande, Angela Merkel, et la patronne de la diplomatie de l’Union européenne (UE), Federica Mogherini, devait porter sur la coopération régionale et les perspectives d’élargissement du bloc des 28 à certains pays de la zone.

Mais la «route des Balkans de l’Ouest», empruntée par des milliers de migrants voulant se rendre en Occident, cristallise désormais l’attention, alors que l’UE fait face à la pire crise de réfugiés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

(Gare de Budapest, lundi soir, AFP)

■ 100 000 entrées dans l’UE via les Balkans depuis le 1er janvier. Entre janvier et juin, quelque 102.000 migrants sont entrés dans l’UE par la Macédoine, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, le Monténégro et le Kosovo, contre 8.000 à la même période l’année dernière, selon l’agence Frontex chargée des frontières extérieures de l’espace Schengen.

Dépassée par l’afflux de personnes arrivant par la Grèce, la Macédoine a déclaré la semaine dernière l’état d’urgence et fermé sa frontière pendant trois jours, repoussant les migrants tentant de s’introduire à coups de matraques et de grenades assourdissantes.

Depuis, au moins 7.000 personnes ont rejoint la Serbie voisine, dans l’espoir de se rendre en Hongrie, membre de l’UE, avant que celle-ci n’achève la construction d’une clôture barbelée, le 31 août.

■ Un plan autrichien en 5 points. L’Autriche, très touchée par cette crise migratoire en raison de sa situation -frontalière à la fois de l’Italie et de la Hongrie, elles-mêmes en première ligne des arrivées de migrants-, doit proposer lors du sommet un plan d’action en cinq points.

Celui-ci prévoit d’intensifier la lutte contre les réseaux de passeurs, une répartition «plus équitable» des réfugiés entre les pays de l’UE, une coopération sécuritaire renforcée, une aide aux pays d’origine des migrants et une «stratégie d’asile à l’échelle européenne».

«C’est un désastre humanitaire, un désastre pour l’Union européenne tout entière, et il est urgent que nous nous penchions sur la situation dans les Balkans de l’Ouest», a déclaré lundi le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz. «Nous devons trouver une nouvelle stratégie pour soutenir la Grèce et les pays des Balkans occidentaux», a-t-il ajouté au cours d’une visite en Macédoine.

■ «It’s the economy, stupid». Mais ces pays des Balkans ne sont pas seulement des pays de transit pour ceux qui fuient les violences en Syrie, en Irak ou encore en Afghanistan; ils sont aussi des pays de départ, avec des milliers d’habitants migrant vers Europe occidentale.

Sur les 44.000 migrants en situation irrégulière repérés aux frontières de ces pays avec l’Union européenne au premier trimestre 2015, 27.000 étaient, selon Frontex, des ressortissants des pays des Balkans de l’Ouest.

Cela s’explique par une situation économique «désastreuse», avec une croissance inexistante, un chômage très élevé et de très faibles investissements, analyse Dusan Reljic, de l’Institut allemand pour les affaires internationales et sécuritaires (SWP), un centre d’études.

«Le salaire moyen, en Macédoine, est de 350 euros, encore moins qu’en Chine», selon cet expert des Balkans. «A peu près la moitié de ceux qui demandent l’asile en Allemagne sont originaires des Balkans de l’Ouest.»

Les perspectives d’adhésion de ces pays à l’UE «se sont en grande partie envolées, et les pauvres parmi les pauvres y ont abandonné tout espoir d’améliorer leur situation et de parvenir, un jour, à une vie digne», estime-t-il.