«Ici nous vivons comme des morts», raconte l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt, détenue depuis plus de cinq ans par la guérilla des FARC, dans une lettre à sa famille, selon des extraits diffusés samedi à la presse. «Je vais mal physiquement. Je ne me suis pas réalimentée, j'ai l'appétit bloqué, les cheveux me tombent en grandes quantités», dit l'otage dans une lettre de 12 pages adressée à sa mère Yolanda Pulecio.

«La vie ici n'est pas la vie, c'est un gaspillage lugubre de temps», dit-elle, racontant les conditions de «stress» de sa vie de femme vivant «au milieu de tant de prisonniers masculins qui sont dans cette situation depuis 8 à 10 ans». «Chacun doit dormir dans n'importe quel renfoncement, étendu n'importe où, comme n'importe quel animal», raconte-t-elle, ajoutant que la guérilla prive les otages «de ce que nous chérissons le plus», citant les photos et dessins de ses enfants et neveux. Elle dédie ces lettres aux membres de sa famille «qui sont mon oxygène», écrit-elle.

«Assister à un miracle»

Ingrid Betancourt rend hommage au président vénézuélien Hugo Chavez et à la sénatrice colombienne de gauche Piedad Cordoba qui ont mené une médiation pour obtenir la libération des otages. Cette mission a été brusquement interrompue par le président colombien le 22 novembre. Elle s'en remet aussi à la France et aux Etats-Unis pour obtenir sa libération. «Je sais que ce que nous vivons est plein d'inconnues, mais l'histoire a ses temps propres de maturation et le président Sarkozy est sur le Méridien de l'Histoire. Avec Chavez, le président (américain George) Bush et la solidarité de tout un continent, nous pourrions assister à un miracle».

La lettre fait partie des preuves fournies par les FARC montrant que les otages sont en vie et diffusées vendredi par les autorités colombiennes. La famille de l'otage franco-colombienne a demandé la relance de la médiation menée par Hugo Chavez, seule capable, selon elle, d'aboutir à une libération des otages. Bogota en a écarté l'idée hier.

Le gouvernement colombien et les rebelles marxistes ont clairement indiqué samedi qu'ils souhaitaient voir le président Sarkozy jouer un rôle plus important dans le cadre d'un échange d'otages contre des guérilleros.