La France regarde ailleurs, vers la Méditerranée, les divergences avec l'Allemagne sont toujours plus importantes, le prestige culturel français n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut... C'est presque en amoureux déçus que les Allemands considèrent désormais l'état de leurs relations avec l'Hexagone. «Fin de l'harmonie entre Berlin et Paris?» s'interrogeait en titre, au lendemain de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, à l'Elysée, le quotidien conservateur allemand Die Welt. Certes, à la fin de la rencontre, Nicolas Sarkozy a annoncé que la France et l'Allemagne «allaient travailler pour une proposition commune visant à associer tous les Européens au projet d'Union de la Méditerranée». Mais la presse allemande est à la fois très sceptique sur les chances de survie de ce «rêve d'enfant de Nicolas Sarkozy» et très inquiète de constater que les risques de désagrégation du noyau dur de l'Europe viennent du partenaire français.

«Très dangereux»

Avant la rencontre de jeudi soir, Angela Merkel avait d'ailleurs eu des mots sévères, qualifiant le projet de Nicolas Sarkozy de «très dangereux», car porteur de divisions. Mais, vendredi matin, un porte-parole du gouvernement allemand déclarait que, selon la chancelière, «il n'y aura pas une Union de la Méditerranée, mais un développement des consultations entre l'Union européenne et la région».

La différence de traitement de la rencontre était frappante, vendredi matin, entre quotidiens allemands et français. Alors que les premiers, en soupirants éconduits, y consacraient de longs articles et des commentaires, le tête-à-tête, certes devenu coutumier, entre les deux responsables politiques, passait pratiquement inaperçu en France.

C'est que l'Allemagne se demande si désormais il ne faudra plus «vivre sans la France», selon le titre que le chef des pages culturelles de Die Welt, toujours, a choisi pour sa chronique. Après le magazine Time, qui constate le déclin tragique de la culture française, le journaliste Rainer Haubrich, lui-même francophile et francophone, se désole d'avoir à apporter sa contribution à ces adieux. «Car désormais le phénomène culturel français le plus intéressant s'appelle Nicolas Sarkozy.» Dont la presse allemande constate qu'en matière de relations, avec la Chine, Vladimir Poutine ou Hugo Chavez, il est aux antipodes de la politique des droits de l'homme d'Angela Merkel.