Un grand coup de balai pour fêter le premier anniversaire de sa présidence? Les rumeurs en tout cas vont bon train: dès le 26 mars prochain, Vladimir Poutine pourrait procéder à un remaniement gouvernemental d'envergure. Il n'y aurait pourtant aucune raison objective pour justifier une telle opération. Certes les ratages ont été nombreux, mais en fait rien d'irréparable: la valse-hésitation sur les dettes non payées au club de Paris par exemple est considérée par beaucoup comme une stratégie visant à gagner du temps. De plus, Poutine pourrait ne pas vouloir gaspiller si tôt la carte du remaniement.

Pourtant ces arguments rationnels devraient, selon les analystes, s'incliner devant une raison tout aussi majeure, mais moins objective: l'absence d'une vraie équipe dévouée au président et choisie par lui. A ce jeu-là ce sont probablement les cancres du gouvernement qui devraient payer la note: le ministre de la Défense par exemple, le major Igor Sergueïev, sombrera pour sa désastreuse politique de communication dans l'affaire du Koursk; Anatoly Tchoubaïs, la crise du Primorié aidant, ne devrait pas rester longtemps à la tête du monopole de l'énergie; mais surtout Mikhaïl Kassianov, terne premier ministre, ne passerait pas l'hiver. Cela paraît acquis, même si on lui a déjà trouvé un nid doré, la place de directeur de la Banque centrale, d'où il chasserait l'encombrant et bavard Guerachenko.

Ordre et économie libérale

Pour le poste de premier ministre, le favori n'est autre que le ministre de l'Economie, le bon élève Hermann Gref, Petersbourgeois comme Poutine et amené par lui à Moscou. Un autre nom circule, celui d'Andreï Illarionov, conseiller économique personnel du président, mais sa tendance à polémiquer sur à peu près tous les sujets affaiblit ses chances. On cite également le nom de Sergueï Ivanov, kagébiste comme Poutine et président du Conseil de sécurité. Le seul problème est que son poste actuel lui donne des pouvoirs de quasi vice-président, sans les embêtements liés au job de premier ministre. Sergueï Ivanov ne serait donc pas très chaud pour la rocade. Le seul rival sérieux en fait pour Hermann Gref semble être l'ancien et éphémère premier ministre libéral Sergueï Kirienko, dont Poutine est paraît-il très satisfait au poste qu'il occupe actuellement: représentant du président dans la région de Privoljski (Volga). Autre bouleversement de taille: le chef de l'administration présidentielle, le machiavélique Volochine, pourrait céder son fauteuil au directeur actuel du FSB, (services secrets) Nicolaï Patrouchev. Bref, ordre et économie (libérale) devraient être les mamelles du Poutine nouveau.