Russie-UE

Vladimir Poutine essaie d’accentuer la division au sein des Vingt-Huit

Tout en appelant au dialogue, le président russe, qui effectue une visite de deux jours en Grèce, menace de prolonger l’embargo russe sur les produits alimentaires européens

Quelque 2500 policiers ont été mobilisés vendredi après-midi à Athènes pour assurer la sécurité de Vladimir Poutine, qui a entamé une visite de deux jours en Grèce. Officiellement, le président russe dirige une forte délégation d’investisseurs russes intéressés à de nombreux projets, notamment à la privatisation de la compagnie nationale des chemins de fer et du port de Thessalonique. Il se rendra ce samedi en pèlerinage symbolique au Mont-Athos, l’un des lieux saints de l’orthodoxie chrétienne et qui fête cette année le millénaire de la présence russe.

Cette visite a aussi un autre objectif: enfoncer un coin dans l’unanimité européenne sur la question des sanctions contre la Russie. Imposées par l’Union européenne (UE) en 2014 pour son soutien aux groupes séparatistes à l’est de l’Ukraine, celles-ci arrivent à échéance fin juillet prochain. Son renouvellement fera l’objet des discussions lors du prochain sommet européen les 28 et 29 juin. La levée est conditionnée au respect de l’Accord de Minsk de septembre 2014, plus précisément au retrait des troupes russes du sol ukrainien.

Dans une tribune publiée vendredi dans le quotidien grec Kathimerini, Vladimir Poutine évoque non seulement la solidarité entre la Grèce et la Russie, mais aussi la nécessité d’entretenir de bonnes relations entre la Russie et l’UE. «Nous croyons que nos relations ne connaissent pas de problème qui ne puisse être résolu, écrit-il tout en se référant à son rêve d’une Europe unie de Lisbonne à Vladivostok. Pour revenir à un partenariat, il faut qu’il y ait un vrai respect des opinions et des intérêts de chacun.»

Aux yeux de Moscou, la Grèce n’est pas seule à vouloir la levée des sanctions. Elle peut aussi compter sur la Hongrie, qui se dit opposée à un renouvellement automatique de celles-ci. De passage à Budapest jeudi dernier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est félicité que son pays fournisse 80% des besoins gaziers à la Hongrie à bon prix.

Très actif dans le dossier Russie-UE, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, reconnaît que l’UE est désormais divisée sur la question des sanctions. «Le débat sera plus difficile cette année qu’en 2015», a-t-il dit mardi à Riga, la capitale lettone. En Allemagne même, divers groupes de pression exigent d’en finir avec les mesures punitives. Selon le Tagesspiegel du 11 mai, de nombreuses délégations politiques et économiques allemandes se succèdent régulièrement en Russie pour négocier des affaires. Pour sa part, la chancelière, Angela Merkel, même si elle est une grande partisane du dialogue avec Moscou, maintient une position ferme.

En France, l’autre poids lourd de l’UE, c’est le même paradoxe. L’Assemblée nationale a adopté le 28 avril dernier une proposition de résolution invitant le gouvernement à ne pas renouveler les sanctions. Le président, François Hollande, ne l’entend pas ainsi, même s’il a autorisé un visa d’exception au ministre russe de l’Agriculture, Alexandre Tkatchev, pour se rendre à Paris lundi dernier.

Placé sur une liste noire de l’UE, le ministre russe a fait le déplacement pour participer à une réunion de l’Organisation internationale de la santé animale. Selon un communiqué, le ministre français de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a profité de la présence de son homologue russe pour discuter des sujets d’intérêt commun. Il ne précise toutefois pas si les deux ministres ont parlé des mesures de rétorsion russes qui frappent durement les exportations agroalimentaires européennes sur le marché russe. En vigueur depuis août 2014, elles ont largement contribué à l’effondrement des cours de nombreux produits agricoles, notamment le lait, la viande et les fruits, au sein de l’UE.

Les sanctions européennes ont aussi été débattues au sein du G7 réuni jeudi et vendredi au Japon. Les grandes puissances ont menacé de les durcir si Moscou ne respecte pas totalement l’Accord de Minsk. Le premier ministre, Dmitri Medvedev, a réagi en ordonnant à ses services de préparer la prolongation de l’embargo russe sur les produits alimentaires européens «non pas pour une année seulement, mais jusqu’à fin 2017».

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