Héros en Russie, paria criminel en Lettonie, tel est le destin de Vassili Kononov, 80 ans, qui se sera consolé en recevant pour son 80e anniversaire un télégramme de félicitations de Vladimir Poutine et un petit cadeau – une montre en l'occurrence, assortie de l'aigle russe et de ces mots: «Je vous souhaite de rester fort et patient, la Russie vous soutient dans l'infatigable combat que vous menez contre les atteintes aux droits de l'homme en Lettonie et contre les tentatives de réécrire l'histoire.»

L'histoire, c'est-à-dire ce qui s'est passé le 27 mai 1944: à la tête d'un groupe de partisans de l'Armée rouge, Kononov avait «nettoyé» un village letton, tuant 12 civils, dont une femme enceinte. Condamné une première fois à 6 ans de prison en 2000, il avait été libéré par la Cour suprême, mais l'an dernier la justice lettone a relancé une procédure judiciaire et l'ancien officier risque à nouveau 6 ans de prison. Ce qui a provoqué la colère de l'ensemble de la classe politique russe, mais aussi de «Ceux qui vont ensemble», les jeunes poutiniens défilant devant l'ambassade lettone à Moscou. Ceux-ci ont qualifié le procès d'«odieux» et repris la principale ligne de défense de Kononov, à savoir que les personnes tuées «étaient des informateurs au service des nazis». La Russie accuse d'ailleurs régulièrement la Lettonie de s'acharner sur les officiers de l'Armée rouge restés dans le pays balte après la guerre et de laisser impunis tous les Lettons ayant collaboré avec l'occupant nazi. Les médias russes estiment que la Lettonie cherche également par ce biais à rendre encore plus difficile la position de l'importante minorité russe – 40% – qui peine à s'assimiler et «qu'elle entame ainsi bien mal le rôle de pont entre l'Est et l'Ouest qu'elle entend jouer au sein de l'Union européenne». Riga rétorque que les collabos lettons ont quitté le pays en 1944 avec les troupes de la Wehrmacht et qu'il est donc impossible de les poursuivre. En attendant, Vassili Kononov a remercié Poutine et annoncé son intention d'en appeler à la Cour internationale des droits de l'homme à Strasbourg.