Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La Garde nationale annoncée par Vladimir Poutine pourrait compter jusqu’à 400 000 hommes.
© © POOL New / Reuters

Russie

Vladimir Poutine forme une garde prétorienne

Le président a ordonné mardi la formation d’une Garde nationale, véritable armée intérieure destinée à maintenir l’ordre et en particulier à contrer des tentatives de déstabilisation

La Russie comptera bientôt deux armées: l’une destinée à contrer les ennemis extérieurs, l’autre à écraser les menaces domestiques. Ainsi en a décidé mardi, le président russe Vladimir Poutine, à la surprise générale. Baptisée «Garde nationale», cette nouvelle force qui chamboule l’ensemble des structures de sécurité russes, pourrait compter jusqu’à 400 000 soldats. Le chef du Kremlin a promu à la tête de cette armée son ancien garde du corps Viktor Zolotov, un vétéran du KGB dont il est très proche depuis les années 1990.

Lire aussi:  Le maestro Vladimir Poutine

La Garde nationale rafle un grand nombre de prérogatives à d’autres structures de sécurité. «Nous créons un nouveau corps fédéral sur la base des troupes intérieures [appartenant au Ministère de l’intérieur] qui sera en charge de la lutte contre le terrorisme, le crime organisé et, en coopération étroite avec le Ministère de l’intérieur, et prendra à sa charge les fonctions jusqu’ici occupées par les OMON [police anti-émeute], SOBR [unités d’intervention rapide], et d’autres», a déclaré Vladimir Poutine.

Une garde autorisée à utiliser des «moyens spéciaux»

Toutes les divisions aéroportées du Ministère de l’intérieur seront affectées à la nouvelle force. Celle-ci est également en charge du contrôle de la circulation des armes et de la protection des bâtiments aujourd’hui protégés par la police. Le projet de loi de formation de la Garde nationale stipule qu’elle sera autorisée à disperser les manifestations massives, utiliser des «moyens spéciaux». La Garde nationale aura également le droit de tirer à vue des balles réelles sans avertissement en «cas de situation extrême».

Le nom de «Garde nationale» a offusqué du côté des nationalistes russes, car il fait écho à la création de la Garde nationale ukrainienne il y a deux ans. Le mot d’origine française «Gendarmerie» a été d’abord caressé, puis écarté car les Russes associent ce mot au film «Les gendarmes de Saint Tropez» et à Louis de Funès… D’autres observateurs attirent l’attention sur le fait que la Garde nationale ne semble pas destinée à fonctionner de manière indépendante, puisqu’elle est privée de fonctions de renseignement et d’appareil permettant de mener des enquêtes. Pour Maria Chklyaruk, universitaire auteure d’enquête sur les forces de sécurité russes, cette nouvelle force apparaît comme un «muscle sans cerveau». Les experts et avec eux l’opposition russe s’accordent à dire que la Garde nationale semble essentiellement destinée à contrer des mouvements de révolte.

Une force destinée à contenir les masses et l'élite

Des estimations faites par les médias russes donnent à cette future force entre 200 000 et 400 000 hommes. Le Kremlin n’a pour l’instant pas donné d’indications sur les effectifs. En revanche, sa mise en œuvre progresse au pas de charge. Dès mercredi matin, un projet de loi apparaissait dans le registre de la Douma, la Chambre basse du parlement entièrement loyale au président.

«La Garde nationale est directement soumise à Poutine, sans ministre intermédiaire. Cette Garde prétorienne est confiée à un individu ultra-loyal. La force n’est pas seulement destinée à contenir les masses, mais aussi l’élite», note Mark Galeotti, expert des questions de sécurité russes.

Poutine estime dangereux de placer toute sa confiance dans une seule personne, c’est pourquoi il préfère avoir deux armées plutôt qu’une.

«Poutine est victime de sa peur paranoïaque des soulèvements populaires et des putschs», estime le politologue Stanislav Belkovsky, qui estime peu probables de tels développements. «Poutine estime dangereux de placer toute sa confiance dans une seule personne, c’est pourquoi il préfère avoir deux armées plutôt qu’une. Maintenir l’harmonie entre les structures de sécurité n’a jamais été une priorité de Poutine. La priorité est que chacun des dirigeants [des structures de sécurité] garde en tête à qui il doit sa position et soit personnellement loyal.»

Longtemps resté dans l’ombre de Vladimir Poutine, dont il a été le garde du corps depuis 1999, Viktor Zolotov 62 ans, était connu pour appartenir au premier cercle des amis du président. Après une carrière de vingt ans au KGB, il devient brièvement garde du corps du président Boris Eltsine. Viktor Zolotov part ensuite à Saint-Pétersbourg assurer la sécurité du maire Anatoli Sobtchak, dont Vladimir Poutine est le premier adjoint. Les deux hommes font alors connaissance. En parallèle, Viktor Zolotov fonde «Baltic Escort», une société de sécurité privée avec un certain Roman Tsepov, personnage controversé pour ses liens étroits avec la pègre locale, selon le journal Novaïa Gazeta. Roman Tsepov a été mystérieusement empoisonné en 2004 avec une substance radioactive, la même qui a causé la mort de l’opposant russe Alexandre Litvinenko à Londres deux ans plus tard. Peu connu mais craint au sein de l’élite, Viktor Zolotov peut désormais étaler sa force au grand jour.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a