«Compte tenu de la situation autour du ministère de la Défense, j’ai pris la décision de libérer de ses fonctions le ministre Anatoli Serdioukov, afin d’établir les conditions d’une enquête objective», a déclaré Vladimir Poutine à la télévision publique.

Fin octobre, plusieurs enquêtes ont été ouvertes à l’encontre d’une société contrôlée par le ministère de la Défense, Oboronservis, pour fraude lors de la vente de biens publics. Le préjudice s’établirait à au moins trois milliards de roubles (74 millions d’euros).

Selon le comité d’enquête russe, certains responsables du ministère choisissaient les biens immobiliers les plus prestigieux, y investissaient d’énormes sommes d’argent public, puis organisaient leur revente à des prix inférieurs à ceux du marché, apparemment à leur profit.

«S’il y a lieu, Anatoli Serdioukov peut être interrogé dans l’enquête criminelle» sur cette affaire, a précisé le porte-parole du Comité d’enquête Sergueï Markine à l’agence Itar-Tass.

Les rumeurs quant au prochain limogeage de Anatoli Serdioukov s’étaient multipliées depuis l’éclatement du scandale, notamment après que le site d’informations Lifenews.ru avait révélé que pendant une perquisition tôt le matin chez une suspecte, Evguenia Vassilieva, les enquêteurs étaient tombés sur le ministre lui-même.

Evguenia Vassilieva était jusqu’à récemment à la tête du département des propriétés du ministère de la Défense.

Anatoli Serdioukov, un civil qui occupait le poste de ministre de la Défense depuis 2007, est le gendre d’un proche de Vladimir Poutine, Viktor Zoubkov, originaire comme lui de Saint-Pétersbourg et qui a exercé différentes fonctions au gouvernement russe.

Le Premier ministre Dmitri Medvedev a estimé que Anatoli Serdioukov avait été «un ministre de la Défense efficace», mais a souligné que l’enquête «devait être menée à son terme».

Selon l’expert Pavel Felgenhauer, le ministre limogé avait «beaucoup d’ennemis» au sein même du pouvoir.

«Poutine a décidé de faire un exemple dans la lutte contre la corruption. Il faut montrer que personne n’est irremplaçable, il faut que toute l’élite ait peur», a ajouté l’expert.

Anatoli Serdioukov est remplacé par Sergueï Choïgou, un fidèle du président, longtemps à la tête du très important ministère des Situations d’urgence et qui avait été nommé au début de l’année gouverneur de la région de Moscou.

Le président Poutine lui a annoncé sa nomination devant les caméras de télévision. Le nouveau ministre «doit être une personne qui sera capable de poursuivre le développement des forces armées, d’assurer la réalisation des commandes militaires et des projets grandioses de réarmement de l’armée que nous nous sommes fixés», a-t-il dit.

Vladimir Poutine avait indiqué avant l’élection présidentielle de mars, qui a marqué son retour au Kremlin après un intermède de quatre ans comme Premier ministre, qu’il comptait placer le complexe militaro-industriel au centre du développement de la Russie et avait promis un réarmement «sans précédent» du pays.

Il avait annoncé que plus de 550 milliards d’euros seraient consacrés à l’industrie de la défense sur les dix ans à venir.