Russie

Vladimir Poutine ne veut pas de changement

Investi hier pour un quatrième mandat, le président garde quasiment la même équipe gouvernementale, à commencer par son premier ministre Dmitri Medvedev. Il semble moins que jamais disposé à introduire des réformes

La stabilité et la préférence nationale sont les priorités absolues. C’est ce qui ressort de la première journée du quatrième mandat de Vladimir Poutine. Le président a pour la première fois circulé dans sa nouvelle limousine «Cortège» de fabrication russe (mais avec un moteur Porsche), délaissant sa berline allemande. Très peu d’étrangers figuraient parmi les 5000 invités, mais ils se tenaient au premier et au second rang, marque d’honneur dans le très strict protocole russe.

Parmi eux figuraient l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, l’ex-officier de la Stasi Matthias Warnig (vieil ami de Vladimir Poutine), la star américaine du cinéma d’action Steven Seagal et le champion de ski français Jean-Claude Killy. A peine réinvesti, l’indéboulonnable président a filé dans l’une des églises du Kremlin pour recevoir la bénédiction du patriarche orthodoxe Kirill.

Une popularité érodée

Vladimir Poutine a rapidement annoncé qu’il reconduisait le premier ministre Dmitri Medvedev dans ses fonctions. L’homme qui lui avait gardé la place au chaud entre 2008 et 2012, parce que la Constitution russe n’autorise pas plus de deux mandats de suite. Naturellement, tout Moscou songe que Dmitri Medvedev, du fait de sa loyauté absolue, dispose des meilleures chances pour bénéficier d’un nouveau roque en 2024. Le parlement doit encore entériner demain la candidature de l’ancien-nouveau premier ministre, mais ce n’est qu’une formalité, compte tenu de la soumission complète (remontant au premier mandat de Poutine) du pouvoir législatif envers l’exécutif.

Hormis sa loyauté indiscutable, Dmitri Medvedev présente pourtant des inconvénients. Sa popularité s’est érodée ces dernières années, notamment à la suite des révélations sur sa fortune personnelle faites l’an dernier par l’opposant Alexeï Navalny. Son bilan économique est discutable. L’économie nationale stagne nettement en dessous de la croissance moyenne mondiale. Les revenus des Russes continuent à baisser, tandis que l’extrême pauvreté augmente. Les programmes de substitution des importations et de diversification de l’économie n’ont pas porté leurs fruits.

Impopulaires mais au pouvoir

Le premier ministre dispose d’une semaine pour former son nouveau gouvernement, mais un aperçu a été dévoilé hier par la députée du parti majoritaire Russie unie Natalia Kostenko sur sa page Facebook.

Seuls les neuf vice-premiers ministres sont connus. Il en ressort que les deux derniers partisans de réformes économiques (Chouvalov et Dvorkovitch) quittent le gouvernement. «Il serait très surprenant que des réformes structurelles significatives se produisent avec une telle équipe», estime Alexander Gabuev, politologue au centre Carnegie de Moscou. Six portefeuilles de vice-premier ministre échoient à des personnalités réputées conservatrices (Dmitri Kozak, Olga Golodets, Vitali Moutko, Alexeï Gordeïev, Iouri Borisov et Tatiana Golikova), tandis que trois reviennent à de prudents technocrates (Anton Silouanov, Maxime Akimov et Konstantin Tchouïtchenko).

«Avoir gardé Golodets et Moutko en dit long sur le désir de changement de Poutine sur la période 2018-2024», ironise Alexander Gabuev, qui estime aussi que la distribution des rôles respecte l’équilibre antérieur entre les clans de l’élite. Compromis dans le scandale du dopage, Vitali Moutko (ministre des Sports de 2008 à 2016) est l’un des responsables les plus impopulaires du pays avec Dmitri Medvedev et le ministre de la Culture Vladimir Medinski, qui est, lui, soupçonné d’avoir orchestré le placement en résidence surveillée du célèbre metteur en scène Kirill Serebrennikov.

Publicité