Pouvoir

Vladimir Poutine, le rassembleur des terres russes

Vladimir Poutine marque ses 18 ans au pouvoir par une visite en Abkhazie, un territoire qu’il a confisqué à la Géorgie en 2008. Il revêt ainsi d’une tenue impériale alors que s’enclenche la campagne présidentielle pour son quatrième mandat

«Plus les élections se rapprochent, plus Poutine se dénude», plaisante-t-on sur les réseaux sociaux russes. Publiée le week-end dernier, les photos du président russe torse nu pêchant dans le sud de la Sibérie marquent pour certains observateurs le démarrage d’une campagne présidentielle qui ne dit pas son nom. L’exhibition de muscles devance de quelques jours le 18e anniversaire de la nomination au poste de premier ministre de Vladimir Poutine.

C’était le 9 août 1999. Jusque-là pratiquement inconnu du grand public, l’ancien colonel du KBG prend alors les rênes du pouvoir laissées par un président Eltsine sombrant dans l’alcool et la maladie. Il ne les a jamais rendues depuis, et personne ne doute qu’il cherchera à se faire réélire le 18 mars prochain, pour un quatrième mandat de six ans.

Officiellement, rien n’est prévu pour marquer le 18e anniversaire. Vladimir Poutine préfère se rendre en Abkhazie pour célébrer le 9e anniversaire du conflit avec la Géorgie. En août 2008, Tbilissi avait tenté par la force de reprendre le contrôle de deux régions séparatistes (l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud) rapidement armées par Moscou. Volant au secours de ses alliés, l’armée russe inflige une cuisante défaite à la Géorgie, propulsant du même coup la cote de popularité de Vladimir Poutine au-dessus des 80%.

Une «qualité impériale»

Six ans plus tard, alors que l’usure du pouvoir se fait sentir dans les sondages, le maître du Kremlin envoie son armée prendre le contrôle de la Crimée, alors que l’Ukraine est sonnée par la révolution de Maïdan. Moscou poursuit son incursion en Ukraine en soutenant militairement les séparatistes du Donbass, qui réclament une intégration dans la fédération russe. Nouveau record de la cote de popularité de Vladimir Poutine. Il est depuis lors surnommé «rassembleur des terres russes» par les commentateurs politiques.

Cette qualité «impériale» est de nouveau mise en avant aujourd’hui, alors que se rapproche le scrutin présidentiel, fixé – comme par hasard – le jour du 4e anniversaire de l’annexion de la Crimée. L’indéboulonnable homme d’État n’a pour l’instant pas déclaré sa candidature et la loi russe l’autorise à garder son secret de polichinelle jusqu’au 8 décembre, soit 100 jours avant la tenue du scrutin.

Vladimir Poutine a procédé de la même manière dans le passé, cherchant ainsi à se placer au-dessus de la mêlée et se faisant prier par la classe politique. Le Kremlin contrôle en effet de bout en bout le processus électoral, des médias jusqu’à la commission électorale (souvent accusée de tricherie) en passant par ses «rivaux» qui sont soigneusement filtrés pour ne laisser passer aucun candidat dangereux.

Le Poutine de 2018

Le Poutine de 2000 a mis au pas les oligarques et mis en déroute les indépendantistes tchétchènes. Celui de 2004 a replacé l’économie sous le contrôle de l’État et redistribué la pluie de pétrodollars sur la société. Il prête en 2008 son trône à l’ultra loyal Dmitri Medvedev, qui promet une modernisation et une libéralisation jamais réalisée, parce que Poutine continue de tout contrôler.

Réélu pour la 3e fois en 2012, il opère un virage très conservateur et une confrontation avec l’Occident. Mais qui sera le Poutine de 2018? L’économie stagne depuis 2013. Le pouvoir d’achat des Russes a perdu 20% depuis l’annexion de la Crimée et les sanctions internationales.

Plusieurs scénarios

Proche du parti du pouvoir Russie Unie, le Centre de conjoncture politique énumère quatre scénarios possibles de la campagne. Le premier, et le plus probable, est celui de l’inertie. Il s’agit de mener une «campagne sereine», prévisible, sans changement brutal ni surprise. Ce scénario n’exige pas une surmobilisation de l’électorat, susceptible d’irriter les électeurs sur fond de crise économique et de baisse du pouvoir d’achat, alors que la propagande assomme déjà les Russes depuis plusieurs années.

Au printemps, la presse russe parlait d’un objectif «70/70», où le Kremlin aurait intimé l’ordre de faire obtenir à Poutine 70% de voix pour une participation de 70%. Vient ensuite le scénario de la «Mobilisation», également probable. Le scrutin deviendrait en filigrane un référendum personnel pour ou contre Vladimir Poutine. Il exigerait un engagement total des ressources politiques et médiatiques pour obtenir un résultat record. Scénario très risqué, notent les politologues.

Viennent ensuite trois scénarios moins probables. Celui du «Redémarrage», sur la base d’un changement du premier ministre. Ce qu’avait fait Poutine juste avant sa réélection en 2004. Mais il ne reste parmi les proches de Vladimir Poutine que des hommes dépourvus de charisme ou inconnus du grand public.

Autre possibilité, le Choc extérieur, causé par une brusque escalade des tensions destinée à déstabiliser Vladimir Poutine. Pour le Centre de conjoncture politique, ce scénario aurait l’effet inverse de celui escompté, puisqu’il «consolidera les Russes autour de leur leader».

Dernier scénario, le «Joker», verrait Vladimir Poutine renoncer à se représenter, en choisissant son dauphin. Un pari des plus risqués puisque aucun homme politique russe n’arrive à la cheville de Poutine en termes de popularité.

L’image de vainqueur

Les experts indépendants ou critiques envers le Kremlin s’accordent à juger le scénario «Inertie» comme le plus probable. Pour Andreï Kolesnikov, du centre Carnegie de Moscou, l’impulsion donnée par Vladimir Poutine en 2012 ne peut que se poursuivre: «L’accent peut être mis au choix sur l’isolationnisme, le national-patriotisme, ou l’impérialisme. Et ce vecteur peut se renforcer, s’approfondir, ou s’aggraver».

Seul impératif: garder l’image de vainqueur. Sans quoi Vladimir Poutine sera rattrapé par sa responsabilité dans l’effritement du niveau de vie des Russes.

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