Le président russe Vladimir Poutine a loué vendredi un rapprochement avec la Biélorussie, sous le feu des critiques, en recevant en Russie son homologue biélorusse. Alexandre Loukachenko a dénoncé des tentatives occidentales de «déstabiliser» son pays.

Cette visite d'Alexandre Loukachenko dans la station balnéaire russe de Sotchi, sur les rives de la mer Noire, intervient alors que la Biélorussie vient d’être visé par des sanctions de l’Union européenne qui accuse Minsk d’avoir fait détourner un avion pour arrêter un opposant.

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«Je suis très content de vous voir», a déclaré Vladimir Poutine, tout sourire, en accueillant Alexandre Loukachenko dans sa résidence d’été et lui proposant de faire après la rencontre une baignade dans la mer ensemble. «Nous sommes en train de construire une Union» renforcée entre la Russie et le Biélorussie, a rappelé le président russe, en réaffirmant ainsi le soutien de Moscou à son allié biélorusse.

«Nous avançons de manière ferme dans cette direction […] et ce travail apporte déjà des résultats concrets pour nos citoyens», a-t-il ajouté.

«Une tentative est en cours de déstabiliser la situation»

Le Biélorussie a dérouté dimanche un vol Athènes Vilnius sur Minsk, une démarche justifiée par les autorités biélorusses par une alerte à la bombe, qui s’est soldée par l’arrestation d’un journaliste d’opposition voyageant à bord de cet avion. Pour l’UE, qui a demandé dans la foulée aux compagnies aériennes de contourner le Biélorussie, l’alerte à la bombe n’était qu’une mise en scène.

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«Il est bien clair ce qu’ils veulent de nous, ces amis occidentaux», a réagi Alexandre Loukachenko devant Vladimir Poutine. «Une tentative est en cours de déstabiliser la situation pour que celle-ci soit comme en août» 2020, où un mouvement de contestation du régime sans précédent a été déclenché au Biélorussie, a-t-il affirmé.

Pour la Russie, Minsk a fait preuve de transparence dans le dossier de l’avion dérouté. Le Kremlin a souligné cette semaine ne voir «aucune raison» de ne pas croire les explications biélorusses.

Un comportement «irresponsable»

Les 27 membres de l’UE ont été accusés vendredi de comportement «irresponsable» par la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, selon laquelle la demande de l’UE de contourner l’espace aérien biélorusse «met en danger la sécurité des passagers».

Cette décision de l’UE a été suivie de l’annulation de plusieurs vols d’Air France et d’un trajet d’Austrian Airlines vers Moscou, car la Russie n’avait pas validé les plans de vols évitant l’espace aérien biélorusse. Le Kremlin a assuré vendredi que le motif était purement «technique».

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L’autorité aérienne russe Rossaviatsia a expliqué le retard dans la validation des plans de vols contournant le Biélorussie par «l’augmentation du nombre des demandes des compagnies aériennes». Austrian Airlines a d’ailleurs dit disposer désormais de la documentation nécessaire.

Couper le «flot d’argent»

Minsk assure que le pilote du vol dérouté n’a subi aucune pression alors même qu’il lui a été recommandé avec insistance d’atterrir au Biélorussie. Le chef de l’Etat a dépêché dans les cieux un avion de chasse pour accompagner le Boeing 737 de Ryanair.

Alexandre Loukachenko estime que l’Europe veut «étrangler» son pays. De nombreux hauts responsables y sont déjà visés par des sanctions à cause de la répression des détracteurs du régime depuis le mouvement de contestation sans précédent de 2020.

La présidente estonienne Kersti Kaljulaid a sommé vendredi les Occidentaux d’aller plus loin et de couper le «flot d’argent» allant vers Alexandre Loukachenko. Pour sa part, Bruxelles a présenté un projet de soutien au Biélorussie prévoyant jusqu’à 3 milliards d’euros d’aide au pays, en cas de transition démocratique quand Alexandre Loukachenko aura quitté le pouvoir.

Des soupçons de mise en scène

Selon Minsk, l’avion a été dérouté à cause d’une alerte à la bombe et l’arrestation de Roman Protassevitch et de sa compagne, Sofia Sapega, relèvent du hasard. Les soupçons d’une mise en scène ont cependant été renforcés par deux éléments.

La société Proton Technologies, qui héberge l’adresse email d’où la menace a été envoyée, a révélé que «le message en question a été envoyé après que l’avion a été détourné». Le site dossier.center a publié lui une photo présentée comme étant ledit courriel, dont l’heure affichée est 12h57 de Minsk (9h57 GMT), alors que le pilote de l’avion a officiellement été informé de la menace à 09h30 GMT.

Pour sa part, le Comité d’enquête biélorusse s’est défendu vendredi des accusations d’une mise en scène, en affirmant dans un communiqué que plusieurs messages contenant une menace à ce vol avaient été reçus dimanche, notamment à 09h25 GMT et à 09h56 GMT.