Le président russe Vladimir Poutine a rejeté ce samedi 13 novembre les accusations selon lesquelles Moscou serait à l’origine de la crise migratoire en cours à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, où des milliers de migrants sont massés depuis des jours. Balayant les voix occidentales affirmant que Moscou avait orchestré avec Minsk l’envoi de migrants à la frontière orientale de l’Union européenne, Vladimir Poutine a renvoyé la responsabilité à l’Occident et à ses stratégies au Moyen-Orient.

Le rejet de la responsabilité

«Je veux que tout le monde le sache, nous n’avons rien à voir là-dedans, déclare-t-il dans une interview télévisée. Nous ne devons pas oublier d’où viennent ces crises impliquant des migrants… des pays occidentaux eux-mêmes, y compris de pays européens.»

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Lors d’une rencontre à Moscou cette semaine, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, et son homologue biélorusse avaient déjà affirmé que les flux de migrants étaient provoqués par les interventions militaires occidentales au Moyen-Orient. Vladimir Poutine a affirmé que les dirigeants européens devaient s’adresser directement au président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, pour résoudre cette crise. Ce qu’ils rechignent à faire, depuis la contestation historique ayant suivi sa réélection en 2020.

D’après ce que j’ai compris, Alexandre Loukachenko et [la chancelière allemande Angela] Merkel sont prêts à se parler, indique le président de la Russie

Les migrants, majoritairement des Kurdes irakiens, sont coincés depuis des jours à la frontière orientale de l’Europe, dans le froid, vivotant dans des campements de fortune et brûlant du bois pour se réchauffer.

Selon la Biélorussie, quelque 2000 personnes sont sur place, dont des femmes enceintes et des enfants. Varsovie affirme pour sa part qu’il y a entre 3000 et 4000 migrants à la frontière, et que de nouvelles personnes arrivent quotidiennement. Leur situation inquiète, les températures plongeant au fil des jours. La Pologne leur refuse l’entrée et accuse la Biélorussie de les empêcher de quitter la zone.

Onze morts

Les autorités biélorusses ont pour leur part annoncé ce samedi la livraison d’aide aux migrants, dont des tentes, de l’eau, du bois de chauffage et un générateur. Ce qui pourrait pérenniser ce site aux portes de l’Union européenne.

Des migrants tentent de rallier l’UE depuis la Biélorussie depuis plusieurs mois, mais la situation a évolué lorsque, lundi dernier, des centaines d’entre eux ont tenté de traverser en masse et se sont fait repousser par les gardes-frontières polonais. Depuis, de nouvelles tentatives sporadiques ont eu lieu.

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La police polonaise signale ce 13 novembre que le corps d’un jeune homme syrien, dont la cause du décès ne peut pas encore être déterminée, a été trouvé dans une forêt près de la frontière. Un décès qui fait grimper à onze le nombre de migrants trouvés morts des deux côtés de la frontière depuis le début de la crise cet été, recensent des ONG.

L’UE accuse le président biélorusse d’avoir organisé la venue des migrants afin de se venger des sanctions occidentales contre son régime, depuis la répression brutale d’un mouvement contestant sa réélection en 2020. Alexandre Loukachenko tient le pays d’une main de fer depuis près de trois décennies.

Poutine se désolidarise

De nouvelles sanctions européennes «seront décidées et appliquées» assure le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, dans le quotidien français Le Figaro. Dans le collimateur, notamment, la compagnie aérienne biélorusse Belavia, accusée d’avoir transporté des groupes de migrants à Minsk depuis Istanbul.

Bruxelles a salué vendredi des «progrès» dans les efforts pour endiguer l’afflux de migrants après que la Turquie a interdit aux Irakiens, Syriens et Yéménites d’embarquer pour la Biélorussie depuis son sol. La Turquie a elle aussi rejeté toute responsabilité dans la crise. Le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin, affirme ce samedi que blâmer Ankara serait «malavisé et déplacé.»

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A la frontière polono-biélorusse, la situation reste tendue, des milliers de troupes étant déployées des deux côtés. La Russie affiche son soutien à la Biélorussie, mais semble réticente à trop s’impliquer. Vladimir Poutine s’est ainsi désolidarisé ce jour des menaces de son homologue biélorusse d’interrompre cette semaine les livraisons de gaz russe à l’Europe via le gazoduc transitant par son pays. «Honnêtement, c’est la première fois que j’entendais ça, affirme Vladimir Poutine. Il ne m’en a jamais parlé […] Il pourrait probablement le faire, mais ce ne serait pas bien».

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