Russie

Vladimir Poutine se moque des opposants

Le premier ministre russe tente de reprendre l’initiative après les manifestations de l’opposition qui conteste les résultats des élections législatives du 4 décembre. Le candidat favori de la présidentielle de mars 2012 a répondu aux questions des Russes lors d’un show télévisé

Vladimir Poutine a lancé sa campagne présidentielle jeudi par un show télévisé de plus de quatre heures. Il a répondu aux questions de téléspectateurs, pour l’essentiel préparées à l’avance au moyen d’une mise en scène bien rodée. Ce «Rendez-vous avec le peuple» est une tradition annuelle à laquelle il participe pour la dixième année consécutive. «Son pool de communication travaille d’arrache-pied depuis des semaines sur l’émission», glisse un consultant européen travaillant avec le gouvernement russe.

Une large partie des questions concernait des problématiques sociales et économiques, qui ont permis au premier ministre de dresser un bilan flatteur de son action. Il a indiqué que depuis son arrivée au pouvoir en 2000, le pourcentage de la population vivant dans la pauvreté était passé de 29% à 12%. Le taux de chômage est tombé à 6%, tandis que l’inflation oscille entre 6 et 7%. Vladimir Poutine a assuré que le pays était mieux préparé à la crise que ses partenaires européens.

Candidat à un troisième mandat de président le 4 mars prochain, il s’est exprimé pour la première fois sur les manifestations massives contre les falsifications électorales constatées aux législatives. Selon lui, les résultats reflètent fidèlement les opinions des Russes. Il a proposé que soient installées des caméras de surveillance dans tous les bureaux de vote, ajoutant que de toute façon «l’opposition prétend systématiquement que le scrutin n’est pas équitable».

La principale annonce du candidat Poutine a été de réintroduire les élections de gouverneurs. Il avait supprimé ces élections en 2004 afin de pouvoir lui-même nommer ces derniers, portant un coup au caractère fédéral de la Constitution russe. Le nouveau système d’élection des gouverneurs proposé par Vladimir Poutine comporte des analogies frappantes avec le système soviétique. «Les partis présents aux parlements régionaux proposeront leurs candidats au poste de gouverneur, par scrutin direct et confidentiel», suggère-t-il. «Ces propositions passeront ensuite par un filtre présidentiel, puis ces candidatures seront soumises au suffrage universel régional.» Le futur président de la Fédération gardera toute latitude pour éliminer les candidatures qui lui déplaisent… et qui ont des chances de battre le favori du Kremlin.

Très désireux d’être élu dès le premier tour de la présidentielle comme ce fut le cas en 2000 et en 2004, Vladimir Poutine a profité de son «rendez-vous avec le peuple» pour attaquer ses rivaux politiques. Face à la contestation grandissante, il a choisi de discréditer l’opposition, suggérant qu’une partie des 30 000 à 80 000 manifestants du 10 décembre étaient «payés pour défiler», sans préciser par qui. De leur côté, les organisations de jeunesse pro-Kremlin ont pour habitude de rémunérer ou d’utiliser des moyens de coercition pour s’assurer une mobilisation minimale. Vladimir Poutine a ridiculisé la bandelette blanche arborée par les manifestants de l’opposition: «Je me suis dit que c’était une campagne contre le sida et qu’ils s’étaient accroché des préservatifs.»

Une heure après le début du show et au bout de la troisième question sur les élections, Vladimir Poutine s’est brusquement tendu et a lâché au présentateur: «Vous m’enquiquinez avec ces élections!» Un signe d’énervement qui n’est pas passé inaperçu. «La colère submerge Poutine», assure Mikhaïl Kassianov, son ancien premier ministre en 2000 et 2003, passé depuis dans l’opposition radicale. «Poutine est très frustré par ce qui se passe autour des prétendues élections. Il continue de s’en tenir à la démagogie, de mépriser les droits et la liberté des citoyens.»

«Nos dirigeants savent qu’ils doivent faire un pas vers la population, des concessions, analyse le politologue Igor Bounine. Ils savent qu’ils doivent s’adresser à la jeunesse et à la classe moyenne en colère, mais d’un autre côté ils n’en ont pas du tout envie. Le pouvoir a l’habitude de tout contrôler et de tout dicter. Ils ont désappris à chercher le compromis et à trouver un terrain d’entendre avec la société.»

Entre-temps, le jeu de chaises se poursuit au sommet de l’Etat. Boris Gryzlov, qui a démissionné mercredi de la présidence du parlement, a été remplacé hier par Sergueï Narychkine, un autre vieil allié du premier ministre. Ce dernier occupait le poste de directeur de l’administration présidentielle, repris par Vladislav Sourkov, considéré comme le principal idéologue du Kremlin.

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