Vladimir Poutine se rend ce mercredi à Berlin, pour la première fois depuis le début de la crise ukrainienne en avril 2014. Outre le chef du Kremlin, la chancelière Angela Merkel recevra dans la soirée les présidents ukrainien Petro Porochenko et français François Hollande, afin de tenter de trouver une issue politique au conflit ukrainien sur la base des accords de Minsk. La rencontre se tiendra après la réunion de travail lundi à Luxembourg des ministres des Affaires étrangères de l’UE sur la Syrie, au cours de laquelle a été évoquée la menace de nouvelles sanctions contre la Russie, pour répondre cette fois au déluge de feu sur Alep.

Contexte d’enlisement

Le mini-sommet à Berlin s’inscrit dans un contexte d’enlisement, tant du dossier ukrainien que du dossier syrien. La semaine dernière, Vladimir Poutine avait annulé une visite à Paris sur fond de désaccord au sujet de la Syrie. Il y a quelques jours encore, Angela Merkel semblait douter du bien-fondé d’un sommet à quatre sur l’Ukraine, estimant que des discussions avec Poutine et Porochenko ne valaient la peine «que si on parvenait à une avancée sur les questions de politique et de sécurité.»

«Il ne faut pas attendre de percée décisive mercredi à Berlin, estime Jörg Forbrig, spécialiste de la Russie au sein du groupe de réflexion German Marshall Fund. Il est pourtant très intéressant que ce mini-sommet ait pu être mis sur pied à si court terme et à ce niveau. J’y vois deux explications: la tenue vendredi du prochain sommet des Vingt-Huit qui sera largement consacré à la Russie d’une part et la menace de nouvelles sanctions de l’Union européenne envers Moscou d’autre part.»

Certes, les ministres des Affaires étrangères de l’UE réunis lundi à Luxembourg ne se sont pas mis d’accord sur l’adoption de nouvelles sanctions envers la Russie. Mais la pression exercée par certains pays – dont le Royaume-Uni et la France – en faveur d’un durcissement envers Moscou pour participation à des crimes de guerre en Syrie pourrait changer la donne. D’autant qu’en Allemagne, la ligne dure envers Poutine est soutenue par la CDU d’Angela Merkel, même si le SPD et le ministre des Affaires étrangères Frank Walter Steinmeier sont plus réservés sur ce point. «La dynamique pro-sanctions connaît un nouvel élan», résume Jörg Forbrig, qui espère que la rencontre de Berlin puisse déboucher sur une pause du conflit armé sur le terrain, en Ukraine, sans attendre d’avancée concrète sur la question des élections notamment.

Intérêts pour chacun

Du point de vue des observateurs allemands, chacun des quatre dirigeants présents mercredi soir à Berlin a intérêt à ce que cette réunion se tienne. Petro Porochenko, qui veut ramener le conflit – éclipsé par la guerre en Syrie – sur le devant de la scène; Angela Merkel et François Hollande qui espèrent ne pas arriver les mains vides au sommet de l’UE vendredi à Bruxelles; et surtout Vladimir Poutine, qui veut à tout prix éviter l’adoption de nouvelles sanctions. Les Européens réfléchissent notamment à exclure la Russie du système swift de transactions financières et à limiter les importations de produits pétroliers. Sont également à l’étude des sanctions qui toucheraient l’aéronautique russe ou un réseau de personnes directement impliquées dans les bombardements en Syrie.

«Pour Poutine, il s’agit avant tout de gagner du temps, estime Jörg Forbrig. Si les Vingt-Huit ne se mettent pas d’accord vendredi sur un catalogue de nouvelles sanctions en Russie, il n’y en aura pas avant longtemps, à cause des élections américaines, mais aussi en France, aux Pays-Bas et en Allemagne l’an prochain. Alors la Russie signale qu’elle est prête à bouger, avec un nouveau cessez-le-feu à Alep qui vient d’être annoncé pour mercredi, et en acceptant de participer aux discussions à quatre de Berlin.»