Russie

Vladimir Poutine se sépare de son éminence grise

L’architecte de la «verticale du pouvoir», Vladislav Sourkov, fait le vide autour de Vladimir Poutine depuis vingt ans. Marginalisé et frustré, il claque aujourd’hui la porte du Kremlin pour «méditer»

Vladislav Sourkov est un rébus dissimulé dans une énigme, pour paraphraser Winston Churchill décrivant l’URSS en 1939. Son départ du Kremlin annoncé samedi – de manière ambiguë, il va de soi – suggère un changement de cap dans la politique de voisinage russe, particulièrement envers l’Ukraine. Aussi secret qu’influent, âgé de 55 ans, cette éminence grise du Kremlin a fortement marqué les deux décennies du règne de Vladimir Poutine. D’abord en manipulant une partie de la jeunesse, les partis politiques, le parlement et enfin en orchestrant les opérations séparatistes en Crimée puis dans le Donbass.

Un personnage hors norme

Samedi, Alexeï Tchesnakov, politologue et proche collaborateur de Vladislav Sourkov, annonçait sur son compte Twitter «qu’en raison du changement de cap dans le dossier ukrainien, Vladislav Sourkov quitte le service de l’Etat. Au cours des prochains mois, il s’adonnera à la méditation. Après quoi il promet de dévoiler les raisons de sa décision et ses plans futurs.» La parenthèse méditative sonne comme une boutade. Elle souligne surtout le caractère hors norme du personnage et – en creux – la colère qui l’anime aujourd’hui. L’annonce tombe au lendemain de la victoire de son rival sur le dossier ukrainien, Dmitri Kozak, nommé directeur adjoint de l’administration présidentielle. Un poste longtemps occupé par Vladislav Sourkov au sein de ce qui est le véritable siège de l’exécutif russe.