Le troisième mandat de Vladimir Poutine démarre par un refroidissement très net des relations avec l’Ouest. Il sèche le sommet du G8 à Camp David pour envoyer à la place son premier ministre Dmitri Medvedev. C’est la première fois depuis 1998, date à laquelle la Russie a été invitée au G8, qu’un président russe manque ce rendez-vous. Raison invoquée: des consultations en vue de la formation du nouveau gouvernement.

Mais les observateurs notent que les raisons ne manquent pas. En premier lieu, l’irritation de la Russie envers l’installation d’un bouclier antimissile américain en Europe. Washington assure que le bouclier protégera les pays de l’OTAN contre des régimes hostiles comme l’Iran, mais Moscou considère au contraire qu’il réduit les capacités stratégiques russes. La politique intérieure russe alimente aussi la discorde. Vladimir Poutine veut aussi éviter d’avoir à répondre aux critiques de ses homologues et de la presse à propos de la répression des manifestations quasi quotidiennes de l’opposition à Moscou. Durant la campagne présidentielle, Vladimir Poutine a accusé le Département d’Etat américain de payer les manifestants. Le Kremlin garde en travers de la gorge la rencontre entre le nouvel ambassadeur américain et quelques leaders de l’opposition russe. De même que les critiques occidentales sur les élections russes jugées peu démocratiques et entachées de fraudes massives.

Cherchant à répondre de manière symétrique, des diplomates russes ont accusé, lundi lors d’une table ronde, plusieurs pays européens de racisme et de xénophobie. «Les droits de l’homme sont devenus une arme», estime Vassili Nebenzia, directeur du Département coopération humanitaire au Ministère des affaires étrangères. «Or, l’Occident ne tolère aucune critique sur ses propres violations.»

Washington a mis une bonne semaine avant de prendre une décision symétrique: Barack Obama ne se rendra pas au sommet des pays Asie-Pacifique organisé en septembre prochain par la Russie à Vladivostok. Prétexte similaire: affaires intérieures, puisque le sommet coïnciderait (les dates ne sont pas encore connues) peu ou prou avec la convention nationale du Parti démocrate. Officiellement, il n’y a pas de fâcherie entre Washington et Moscou, assure-t-on du côté russe. Vladimir Poutine et Barack Obama devraient se rencontrer lors du sommet du G20 les 18 et 19 juin prochain à Los Cabos, au Mexique. Les deux hommes auront un entretien en tête à tête en marge du sommet.

Avec ses fidèles vassaux

Vladimir Poutine paraît clairement plus à l’aise avec les chefs d’Etats autoritaires des pays voisins. Il vient d’organiser à Moscou un sommet de l’Organisation du traité pour la sécurité collective, une sorte de réponse russe à l’OTAN. L’organisation compte les plus fidèles vassaux de Moscou, soit le Kazakhstan, la Biélorussie, le Kirghizistan, le Tadji­kistan et l’Arménie. Tous d’anciennes républiques de l’URSS qui ont condamné unanimement le bouclier antimissile américain.

Reflétant ses priorités, Vladimir Poutine se rendra à Minsk pour sa première visite officielle le 31 mai. C’est tout un symbole. Isolé diplomatiquement, surnommé «le dernier dictateur d’Europe», le président Alexandre Loukachenko est ravi de recevoir son homologue russe. Moscou livre son gaz à Minsk à un prix deux fois inférieur au prix qu’il fait payer à une Ukraine trop indépendante. Selon une source diplomatique rapportée par le quotidien Vedomosti, Vladimir Poutine pourrait se rendre à Berlin ou à Paris au tout début de juin, pour faire connaissance avec le nouveau président François Hollande. Puis il se rendra, c’est déjà certain, à Pékin les 6 et 7 juin.

Parallèlement, Dmitri Medvedev, à qui Vladimir Poutine semble vouloir confier le rôle de «petit télégraphiste» avec Barack Obama, change d’attitude. Il a révélé le mois dernier qu’il n’avait «jamais été un libéral». Hier, à Saint-Pétersbourg, il imitait son mentor Vladimir Poutine en condamnant sévèrement les sanctions collectives des pays occidentaux contre l’Iran et la Syrie. «Ces actes qui sapent la souveraineté nationale peuvent conduire à des guerres ouvertes régionales, et même – je ne cherche à effrayer personne –, à l’usage d’armes nucléaires.»