Vladimir Poutine veut renforcer sa coopération avec l’allié chinois

Russie Le président cherche à sortirde l’isolement diplomatique

Il entame une visite de deux jours à Shanghai

La crise ukrainienne pousse encore davantage Vladimir Poutine à basculer ses efforts vers l’Asie, et en particulier vers l’allié chinois. En panne de croissance, l’économie russe a besoin de crédits, d’investissements et de partenariats industriels, notamment dans les technologies de pointe. Moscou veut aussi trouver une alternative à la clientèle européenne pour ses hydrocarbures et ses métaux. Mais, peut-être plus que tout, Vladimir Poutine veut trouver une épaule solidaire dans sa confrontation avec l’Occident.

Lors de cette visite de deux jours à Shanghai qu’il entame ce mardi, Vladimir Poutine et son hôte, le président chinois Xi Jinping, doivent en effet participer à un forum de sécurité régionale et assister à des exercices navals conjoints dans la mer de Chine orientale. Pékin et Moscou partagent le désir d’un «monde multipolaire» et de la fin de l’hégémonie américaine. Les deux pays ont déjà fondé une alliance économique et militaire baptisée Organisation de coopération de Shanghai, destinée à rivaliser avec à la fois l’OSCE et l’OTAN.

Le contrat phare que le Kremlin tente d’arracher aux Chinois, c’est la construction d’un gazoduc stratégique d’une capacité atteignant 60 milliards de mètres cubes par an. Gazprom négocie depuis plus de dix ans ce contrat avec le chinois CNPC, mais l’accord achoppe sur le tarif du gaz. Gazprom et CNPC auraient réussi ces derniers mois à rapprocher considérablement leurs positions sur le tarif.

Aujourd’hui, selon des sources dans l’industrie gazière, Pékin ­serait prêt à payer entre 283 et 311 dollars les 1000 m³, soit un net rabais par rapport au tarif moyen (380 dollars) payé par les clients européens l’année dernière. Mais, selon une source gouvernementale russe participant aux négociations avec Pékin, «le prix final fait toujours l’objet d’âpres négociations». En mars, les deux pays ont fait un grand pas en tombant d’accord sur le tracé. Pékin a obtenu de la Russie que cette dernière prenne sur elle les coûts de construction et livre le gaz dans l’Extrême-Orient.

«La Chine pourrait chercher à utiliser la crise ukrainienne et les menaces de sanctions contre la Russie pour obtenir des concessions de dernière minute sur les ­tarifs gaziers du contrat, même si, d’un autre côté, les arguments de CNPC sont limités par l’augmentation de ses besoins en gaz», estime Andrew Neff, analyste au cabinet d’experts IHS. «Un contrat de livraison de gaz à long terme avec la Chine permettrait à Gazprom de mieux supporter les rétorsions des gouvernements européens autour du risque actuel de perturbation des livraisons de gaz russe. Une augmentation des exportations de gaz vers l’Asie rendrait aussi Gazprom moins dépendant de l’Europe, ce qui, à son tour, pourrait conduire la diplomatie russe à être plus intransigeante sur l’Ukraine et d’autres dossiers», poursuit l’expert.

Les échanges commerciaux entre Pékin et Moscou connaissent une envolée rapide. Le commerce bilatéral entre les deux pays devrait atteindre les 100 milliards de dollars cette année et le Kremlin pense atteindre les 200 milliards de dollars dès 2020. A titre de comparaison, le commerce bilatéral entre l’UE et la Russie atteignait 447 milliards de dollars en 2013 et aurait chuté de 9% lors du premier trimestre 2014. Moscou exporte essentiellement du pétrole, du bois, des métaux et des armes vers la Chine. Dans l’autre sens, la Chine exporte des produits manufacturés et investit des sommes importantes dans les infrastructures de transport russes.

Pékin souhaite depuis longtemps acquérir des sociétés russes dans les secteurs sensibles que sont les hydrocarbures ou les hautes technologies, ce que Moscou lui a jusqu’ici refusé. Car la confiance est encore limitée entre les deux puissances, qui sont aussi des concurrents en Asie centrale. Moscou souhaite garder un rôle dominant sur ses anciens satellites de l’URSS, très convoités par Pékin pour leurs riches ressources naturelles. Les signes de détente envoyés hier soir par le président russe sur le dossier ukrainien (lire encadré) sont donc en partie dirigés vers Pékin. Histoire de ne pas être trop en position de faiblesse.

Une augmentation des exportations de gaz vers l’Asie rendrait Gazprom moins dépendant de l’Europe