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Dans ses vœux pour 2018, Emmanuel Macron s'inspire fortement de Kennedy

Accusé d'être «le président des riches» depuis le début de son quinquennat, le président français a consacré une bonne partie de ses vœux télévisés à l'attachement qu'il porte à la «cohésion sociale» et à l'unité nationale

Un choix de décor sobre, assis à l'Elysée derrière une table de marbre, le dos au jardin du Palais présidentiel. Au mur, un tableau flanqué du mot «fraternité». Pour ses premiers vœux télévisés prononcés en direct dimanche à 20 heures, Emmanuel Macron s'est voulu solennel, mais surtout à l'écoute.

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L'heure n'était pas, cette fois, au déroulement de sa pensée économique, ou à l'importance pour la France de redevenir compétitive, leitmotiv de ses sept premiers mois de présidence marquées au sceau de la réforme du code du travail, des coupes dans les dépenses publiques et d'un desserrement de l'étreinte fiscale sur les ménages les plus aisés.

Le discours le plus long

D'emblée, le ton s'est au contraire voulu social, en président attentif. Les trois premières catégories de français cités dans son discours de 18 minutes – seul le Général de Gaulle avait jusque-là fait aussi long – furent ceux des territoires ruraux, ceux des quartiers populaires, et les agriculteurs. L'élu du 7 mai, que ses opposants accusent d'être le «président des riches», a voulu à l'aube de 2018 rompre cette image. Objectif? «Repenser un grand projet social, car sans cette exigence, notre pays ne restera pas uni».

Le reste n'a pas dérogé aux habitudes télévisuelles de l'intéressé. Comme lorsqu'il était en campagne, le chef de l'Etat français a répété plusieurs fois qu'il avait été élu pour «faire» et qu'il ne «renoncerait jamais à agir». Et comme lors des meetings de son mouvement En Marche, son éloge de «l'intelligence française»  et de «l'esprit de conquête» était au rendez-vous.

L'adresse à la «nation»

Différence importante néanmoins: ce n'est pas aux Français comme individus que le locataire de l'Elysée a, à la veille de 2018, choisi de s'adresser, mais à la «nation», mot plusieurs fois employé. A la mi-décembre, le même Emmanuel Macron s'était permis, lors d'un entretien donné à France 2 debout dans le palais de l'Elysée, de parler de «son peuple», formule quasi monarchique.

Le mot «peuple» est cette fois revenu, mais sans appropriation aucune. Au contraire. «N'oubliez jamais que nous sommes la nation française» a-t-il terminé. Comme une réponse à ceux qui, depuis son élection, s'inquiètent de la confiscation des leviers du pouvoir par une élite technocratique d'experts.

«Ne rien céder»

Rien de nouveau, en revanche, sur le programme politique annoncé. Evitant soigneusement les questions économiques, mais aussi les difficultés géopolitiques – son premier voyage en Chine, à partir du 8 janvier, n'a même pas été mentionné – Emmanuel Macron s'est surtout présenté comme un dirigeant déterminé et rigoureux. Tout en rappelant son ferme engagement européen.

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Rigueur dans l'application du droit d'asile, mais aussi des expulsions d'étrangers entrés et restés en situation irrégulière. Rigueur dans son engagement européen, car il convient de «ne rien céder ni aux nationalistes, ni aux sceptiques». Rigueur, surtout, dans le donnant-donnant de cette nouvelle France dont il a défendu les contours avec son habituelle grandiloquence.

La responsabilité des Français

A lui et au gouvernement la mission de tirer de l'avant ce pays «capable de l'exceptionnel» pour «faire vivre la renaissance française». Aux Français la responsabilité de se montrer à la hauteur et de répondre présents, en surmontant leurs divisions. «Vous avez quelque chose à dire à la nation (...) Demandez-vous chaque matin ce que vous pouvez faire pour le pays».

La référence au fameux discours d'investiture du président américain John F. Kennedy, en janvier 1961, était évidemment calculée. En promettant de placer le «travail au cœur de la société en 2018», ce président disruptif, élu contre la gauche et la droite, a aussi rappelé ses concitoyens à leurs responsabilités.

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