Le Temps: Quel est l’effet de la crise économique sur l’Afrique?

Kofi Annan: Les pays africains ainsi que les autres pays en voie de développement vont être durement frappés par la crise économique. On assiste à une chute des prix des matières premières et les pays exportateurs sont déjà touchés. L’argent de la diaspora africaine se réduit aussi. Les investissements étrangers directs chutent de manière spectaculaire. Les pays africains n’ont malheureusement pas les réserves nécessaires pour engager leur propre politique de relance. C’est pourquoi l’Afrique doit faire partie d’un plan plus large de relance, par exemple pour les infrastructures. Avec les infrastructures et les énergies nécessaires, on devrait pouvoir améliorer le commerce entre les pays africains de 250 milliards de dollars par année. Cela pourrait se faire par le biais du Fonds monétaire international (FMI) avec un nouvel accès au crédit pour les pays africains. Le risque est que l’Afrique pourrait être écartée du marché financier du fait de l’énorme demande d’autres pays.

– Qu’attendez-vous du G20?

– J’espère qu’ils auront cela en tête. Quand ils réformeront le FMI, la Banque mondiale et les organisations internationales comme le Conseil de sécurité, la voix de l’Afrique doit être entendue et doit obtenir une représentation réelle car nous avons besoin d’une organisation universelle légitime. Il est clair que nous allons vers une plus grande régulation et davantage de supervision. En fait, lors de notre dernière rencontre en Tanzanie avec Dominique Strauss-Kahn [patron du FMI], le président tanzanien, plusieurs ministres des Affaires étrangères africains et le président de la Banque mondiale, tout le monde avait une question en tête. Vous savez laquelle? Ce que les Etats-Unis, l’Europe, la Grande-Bretagne font aujourd’hui est quelque chose qu’ils avaient interdit de faire aux pays du tiers-monde quand ils avaient des problèmes. A l’époque, ils avaient dit: «C’est impossible, il y a des conditions.» Si les pays du tiers-monde avaient fait ce que font aujourd’hui les Etats-Unis quelle leçon auraient-ils reçu du FMI? Il faut donc reconsidérer la conditionnalité et l’accès aux prêts et je pense que cela va se faire.