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Al Jazeera America, qui avait racheté pour un demi-milliard la télévision de l’ex-président américain Al Gore Current TV, a dès ses débuts dû se battre dans un contexte de compétition extrême.
© SAUL LOEB

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La voix originale d’Al Jazeera America va se taire

Créée en 2013, la chaîne d’information continue financée par le Qatar apportait un éclairage intéressant sur la réalité américaine. Sur un marché très concurrentiel, elle n’a toutefois pas réussi à convaincre

Dans les coulisses des Nations unies, James Bays passe rarement inaperçu. Le correspondant onusien d'Al Jazeera America est toujours très vocal. A la fin avril prochain toutefois, il va perdre sa voix. La chaîne d'information continue, qui a débuté aux Etats-Unis en août 2013, va fermer ses portes. Son directeur Al Anstey l'a annoncé mercredi lors d'une réunion improvisée avec la rédaction. Il a expliqué à son personnel que la qualité du journalisme de la chaîne n'était pas en cause, plusieurs reporters ayant remporté des récompenses pour leur travail. «Notre modèle économique, a-t-il déclaré, n'est simplement pas durable au vu des défis que représente le marché des médias aux Etats-Unis.»

Al Jazeera America, qui avait racheté pour un demi-milliard la télévision de l'ex-président américain Al Gore Current TV, a dès ses débuts dû se battre dans un contexte de compétition extrême avec des chaînes déjà très implantées comme Fox News, CNN et MSNBC. Démarrer une telle entreprise de zéro s'est avéré un obstacle insurmontable. La chaîne financée par le gouvernement du Qatar a réussi à toucher quelque 60 millions de ménages. C'était bien inférieur à l'audience des concurrents qui touchaient quelque 100 millions de téléspectateurs. En prime time, Al Jazeera America n'arrivait bien souvent pas à dépasser les 30 000 téléspectateurs en moyenne et quelque 19 000 pour toute la journée. Les conséquences de la fermeture de la chaîne seront considérables. 700 journalistes vont perdre leur travail.

Apporter un éclairage inédit

Pour les Etats-Unis, la disparition d'Al Jazeera America sera une perte. Comme cette dernière l'avait annoncé dès son lancement, elle visait à dépasser les nouvelles sensationnelles souvent mis en scène chez les concurrents et souhaitait développer des sujets plus en profondeur. Ses journalistes ont souvent réalisé des reportages de fond mettant en lumière des aspects dérangeants et souvent peu traités outre-Atlantique. Ses émissions «Fault Lines » ou « Inside Story », animé par l'excellent Ray Suarez, apportaient des éclairages inédits sur la réalité américaine. La spécificité d'Al Jazeera America était aussi de dépasser le contexte purement américain pour apporter au téléspectateur une vision plus globale du monde. Ses journalistes John Siegenthaler et Antonio Mora ne manquaient jamais de mordant pour mettre à l'épreuve leurs invités lors des journaux télévisés.

Les problèmes de la chaîne n'ont toutefois pas été qu'économiques. Sa gestion a aussi été vivement critiquée. A l'intérieur de la rédaction, des journalistes se sont plaints de la « culture de la peur » qui y régnait, laquelle provoqua le départ de plusieurs cadres. Le directeur de la chaîne Ehab al-Shihabi fut prié de partir. Son successeur Al Anstey a réussi à instaurer un peu de stabilité, mais les chiffres d'audience ne ne sont pas améliorés pour autant. La fermeture prochaine d'Al Jazeera intervient dans un contexte difficile. MSNBC continue de se battre pour ne pas perdre trop d'audience.

Avant de se lancer sur le marché américain avec des moyens substantiels en été 2013, Al Jazeera avait déjà dû se battre avec les autorités américaines pour pouvoir exercer le journalisme avec toute l'indépendance possible. Des conditions particulières avaient initialement été posées à une chaîne dont l'image restait liée, pour les Américains, à un pays arabe, le Qatar. Des plaintes pour sexisme et anti-sémitisme ont été déposées. Des critiques ont pourtant plutôt regretté le côté trop « british » de la chaîne. Ancien directeur de la chaîne Al Jazeera in English, Tony Burman est lui catégorique : il n'aurait jamais fallu créer une chaîne spécifiquement américaine.

 

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