Nouvelles frontières

Vol MH17: Moscou continue à nier l’évidence

Combien de temps, le Kremlin pourra-t-il encore démentir sa responsabilité dans le crash de l’avion de ligne qui reliait Amsterdam à Kuala Lumpur

Vendredi, le ministre néerlandais des affaires étrangères, Bert Koenders, convoquait l’ambassadeur russe à La Haye pour une mise au point musclée: les critiques de Moscou envers le rapport de la justice néerlandaise sur les causes du crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines le 17 juillet 2014 dans l’est de l’Ukraine sont «inacceptables». «Plutôt que noircir l’étude et semer les graines du doute, la Russie devrait respecter les résultats» de l’enquête, a-t-il déclaré. Quelques heures plus tard, l’agence Tass, citant le porte-parole de la présidence russe, rétorquait que l’invitation faite à l’ambassadeur russe «est une très bonne nouvelle» et qu’un «dialogue est toujours bienvenu».

La différence de présentation des circonstances de cette rencontre résume parfaitement l’impasse dans laquelle se trouve précisément le dialogue entre capitales européennes et Moscou.

Conclusions claires

De quoi parle-t-on? Mercredi, le parquet néerlandais présentait les conclusions d’une équipe d’enquêteurs internationale (Belgique, Malaisie, Australie, Ukraine et Pays-Bas). Elles ne peuvent être plus claires: le vol MH17 reliant Amsterdam à Kuala Lumpur a été la cible d’un missile russe sol-air Buk tiré depuis une zone tenue par les rebelles prorusses du Donbas. Le lance-missiles a traversé la veille la frontière russe pour prendre position avant de retourner, le soir même, vers le territoire russe. Durant deux ans de travail, les enquêteurs ont consulté cinq milliards de pages internet, un demi-million de photos et de vidéos et récolté plus de 200 témoignages, de données de télécommunications et environ 150 000 conversations téléphoniques pour étayer leurs résultats. Le rapport identifie une centaine de personnes liées à cette opération, mais il s’abstient de désigner des coupables. Un complément d’enquête devra déterminer la chaîne de commandement.

Implications russes

Ce rapport n’en est pas moins une étape importante pour la compréhension du conflit qui continue de miner l’Ukraine. Il démontre, contrairement à ce que continue d’affirmer Moscou, que des armes russes parmi les plus sophistiquées traversent la frontière. L’usage de celles-ci nécessite des troupes spécialement formées à leur maniement. L’enquête confirme ensuite l’implication de la Russie dans un drame qui avait précipité le vote de sanctions européennes et américaines contre Moscou. Même s’il est probable que la destruction de l’avion malaisien est le fruit d’une méprise des combattants rebelles, la responsabilité russe n’en est pas moindre: en armant lourdement l’opposition à Kiev, Moscou a créé non seulement l’instabilité mais également les conditions de ce qui relève d’un crime de guerre.

Moscou dans le déni

Rien de nouveau dira-t-on. La présence russe en Ukraine est documentée par de nombreux reportages et les aveux de plusieurs combattants russes capturés par les forces ukrainiennes depuis plus de deux ans. La piste d’un lance-missiles russe a été évoquée dès le lendemain du tir et les conclusions présentées à La Haye rejoignent en grande partie les enquêtes journalistiques publiées, là aussi, dès le lendemain du crash. Face à tous ces témoignages, Moscou a toutefois toujours nié jusqu’ici être directement impliqué dans le conflit dans le Donbas. Le Kremlin continue d’être dans le déni. Comme il l’était lors de l’invasion de la Crimée par des «hommes verts» avant que Vladimir Poutine reconnaisse, dans ce cas-là, que c’était bien l’action des troupes spéciales russes.

Mercredi, Moscou a aussitôt qualifié le rapport de La Haye de «biaisé». La justice néerlandaise est accusée d’être «politiquement motivée», à la solde des Etats-Unis. Ce travail de sape, largement diffusé par le Kremlin et ses relais politiques et médiatiques en Europe, est très efficace. C’est pour contrer ce discours que Bert Koenders a convoqué l’ambassadeur de Russie aux Pays-Bas. Il est peu probable que cela suffise à rétablir le dialogue.

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