Les boîtes noires du vol Rio-Paris délivrent leurs secrets. Le drame qui a coûté la vie à 228 personnes le 1er juin 2009 s’est joué en 4 minutes et 23 secondes, entre le moment où le pilotage automatique de l’Airbus 330 a disjoncté et celui où l’appareil a touché la surface de l’océan Atlantique, révèle le Bureau d’enquêtes et d’analyses (BEA).

Signaux contradictoires

Deux copilotes étaient aux commandes cette nuit-là. Le commandant de bord est parti se reposer à 1h59, une procédure normale. A 2h10, alors que l’avion traverse une zone de turbulences à haute altitude, les sondes de mesure de vitesse placées sur la carlingue de l’avion gèlent. Le pilotage automatique tombe en panne, l’un des copilotes prend les commandes. Pendant environ une minute, l’écran communique deux mesures de vitesse incohérentes. L’alarme de décrochage, qui signale une chute de l’appareil, se déclenche. Le copilote cabre pour tenter de relever l’Airbus. Le second copilote tente d’appeler le commandant de bord à plusieurs reprises, lequel entre dans le cockpit environ 1 minute 30 après le début de l’incident. A 2h12, le commandant de bord dit n’avoir «aucune indication qui soit valable». Le pilote tente de ralentir, puis de piquer. Cela ne fonctionne pas. L’alarme de décrochage retentit à nouveau. L’avion monte jusqu’à ce que l’angle des ailes devienne trop élevé pour que l’air porte l’avion, qui entame une chute libre de 3 minutes 30 avant de s’écraser dans l’Atlantique.

La cause du drame reste encore mystérieuse. Le rapport du BEA vise à éclaircir les circonstances de l’accident, mais il n’indique pas si l’équipe de pilotes a commis une erreur. Le gel des sondes de vitesse est bien l’élément déclencheur. Le braquage a provoqué la chute de l’avion. Des experts cités notamment par Le Monde et Libération jugent cette décision inexplicable. Il fallait, précisent-ils, incliner l’avion afin de le remettre à plat et reprendre de la vitesse. Toutefois, l’équipe de pilotage se trouvait face à des informations contradictoires.

Libération a publié jeudi un rapport d’experts judiciaires indiquant que les équipes d’Air France n’étaient pas prêtes à faire face à une telle situation. Elles manquaient d’information et d’entraînement sur la procédure à suivre.