Volontaires français aux côtés des pro-russes

Sur la place Lénine de Donetsk, la caméra avide de la télévision Russia Today boit les paroles de quatre jeunes hommes, se tenant debout en rang militaire, fiers d’avoir «traversé les lignes ennemies» et rejoint le bastion d’un nouveau combat pour la civilisation européenne. Ils s’appellent Victor, Nicolas, Guillaume et Micka, tous les quatre sont Français, combattants volontaires dans le 4e bataillon des forces du Ministère de la défense de la République populaire de Donetsk.

Alexandre Zakharchenko, le «premier ministre» des séparatistes pro-russes de Donetsk, avait promis d’exhiber ces recrues un peu spéciales. Et après que des Espagnols eurent étalé leurs exploits sur YouTube, les Français sont bien arrivés, il y a onze jours très exactement, «après quinze jours passés à Rostov-sur-le-Don pour établir des contacts avec les mouvements pro-russes», précise Victor Lenta, 26 ans, le porte-parole du groupe, un AK-74 en bandoulière.

Cela fait un mois que ces jeunes Français tentent de rejoindre Donetsk. «La deuxième fois que nous avons essayé de passer par la Russie, trois d’entre nous ont été bloqués par le FSB et renvoyés en Europe de l’Ouest, explique Victor. Nous avons dû passer par Kiev puis par les lignes ennemies pour venir ici.»

Victor, le seul à décliner son identité complète, déclare avoir fait ses armes dans le 3e régiment parachutiste d’infanterie de marine de Carcassonne, tandis que Nicolas, son «bras droit», se réclame du 13e bataillon des chasseurs alpins. «J’ai combattu en Afghanistan, dans la zone de Kapissa, j’ai été décoré pour faits d’armes», se targue-t-il.

«L’OTAN derrière tout ça»

«Je leur apprends les techniques de combat de guérilla urbaine, poursuit Nicolas. J’en ai fait un petit peu et j’ai repris des cours de gauche à droite. Quand on a ça un peu dans le sang…» Le jeune homme déclare avoir été «nommé instructeur» par les rebelles. «Pour former les jeunes miliciens sur les techniques de combat de l’OTAN, embraye Victor, l’OTAN est quand même plus ou moins derrière tout ça.»

Vérification faite auprès des services de l’armée, les deux jeunes hommes ont bel et bien servi pour la France, mais seulement quelques courts mois, et un d’entre eux s’est fait renvoyer de l’armée. En revanche, les quatre Français ont bel et bien un message à faire passer… aux Français! «Nous sommes venus informer le public sur la réalité de cette guerre, nous sommes venus montrer que ce n’est pas la Russie qui agresse, mais bel et bien la junte de Kiev qui bombarde les populations civiles», déclame Victor, qui affirme avoir participé aux manifestations anti-mariage gay en France.

En fait, la petite bande est issue d’Unité continentale, un groupuscule gravitant à l’ultra-droite. «Je déteste ce mot d’extrême droite ou de droite nationaliste, je me sens plutôt nationaliste révolutionnaire», nuance Victor. «Unité continentale est un réseau d’avant-garde géopolitique. On fait de la réinformation sur ce qui se passe au Donbass, on essaiera de continuer en Syrie, en Libye, tous ces pays qu’on accuse de terrorisme», indique Nicolas.

Pourtant, sur Internet, Unité continentale diffuse une littérature confuse faisant le mariage entre la mouvance identitaire française et le «néostalinisme». Les écrits d’Unité continentale louent la tendance «Natsboly» (national-bolchévique) russe, incarnée par l’écrivain Edouard Limonov, ou encore le nouveau nationalisme russe de l’exégète Alexandre Douguine, un des penseurs de la «Novorossia». Par ailleurs, les ancêtres d’Unité continentale ont gravité autour de la mouvance de Bruno Mégret, au moment où ce dernier organisa une scission du Front national.

Valeurs traditionnelles

Victor Lenta, le chef de la bande des quatre, évoque «une guerre en plein cœur de l’Europe, deux visions qui se battent: soit on est assujettis à l’Union européenne, au bras armé des Etats-Unis qu’est l’OTAN, soit on fait un grand bloc continental de Brest à Vladivostok en partenariat avec la Russie, dont les valeurs seront des valeurs traditionnelles telles que la famille, la foi, les vieilles valeurs qui ont toujours fait notre Europe.»

Les Français de la République populaire de Donetsk partent faire la photo. Pas devant la statue de Lénine: «Faudrait pas qu’on croie qu’on est communistes», lâche Nicolas.