Lors du 25e sommet de l’OTAN à Chicago les 20 et 21 mai, les 28 pays de l’Alliance seront priés de surmonter leurs divergences. Tour d’horizon des enjeux de cette rencontre destinée à resserrer les rangs de la première coalition militaire au monde.

Retrait d’Afghanistan: éviter la débâcle

Il ne s’agit plus, pour les pays engagés dans la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) déployée en Afghanistan, de prétendre gagner la guerre. Cette page-là est tournée. La question, à Chicago, sera d’éviter des désaccords sur le calendrier, et les tensions susceptibles, d’ici fin 2014, de profiter aux insurgés.

Côté politique, le débat sera surtout franco-américain. La volonté de François Hollande de retirer les 3500 soldats français d’Afghanistan d’ici à la fin 2012 a d’ailleurs déjà été infléchie par les contacts entre ses conseillers – dont Jean-Yves Le Drian, le nouveau ministre de la Défense – et l’entourage de Barack Obama. Le président français devrait préciser le tir en confirmant le retrait, d’ici à la fin de l’année, des seules forces «combattantes», ce qui désigne surtout les effectifs déployés dans la vallée de la Kapisa, au nord-est de Kaboul. En parallèle, Paris doit préciser son engagement sur le volet de l’instruction de l’armée et de la police afghane, piliers de la transition. Le président Hamid Karzaï, qui sera présent à Chicago, a annoncé le 13 mai que 75% de la population afghane sera, d’ici à la mi-2013, «sécurisée» par les forces nationales.

Les deux autres défis afghans sont, pour les Européens, l’organisation de leur départ, et l’Afghanistan post-2014. Le premier point devrait être facilité par la levée attendue du blocus routier imposé par le Pakistan depuis novembre 2011. La coordination n’en demeurera pas moins dantesque entre alliés, ne serait-ce que pour la location des avions gros porteurs russes chargés de ramener le matériel en Europe. Sans parler de la sécurité des convois routiers.

Le second point est politique. Hamid Karzaï veut repartir de Chicago avec une «vision globale» de la coopération entre les pays occidentaux et l’Afghanistan, une fois le retrait achevé en décembre 2014. Le maintien d’instructeurs militaires, incorporés ou non au sein des bataillons afghans, ainsi que le maintien de matériels sur place est la priorité – le coût estimé pour la formation est de 4 milliards de dollars par année. L’UE négocie pour sa part depuis mars un accord dans les domaines de la justice et de la police, pour 2014-2024. Problème: les contributions financières restent à fixer.

Défense antimissile

Présente au dernier sommet de l’OTAN à Lisbonne en novembre 2010, la Russie ne sera pas à Chicago pour réitérer son opposition au projet américain de défense antimissile, supposé être opérationnel en 2018. Mais bien d’autres questions émailleront ce dossier qui divisent les Européens sur le plan stratégique et industriel.

Côté stratégique, les plus réticents, dont la France, là encore, craignent de se retrouver intégrés dans un bouclier géré par Washington. D’où l’exigence de garanties sur le futur commandement «allié» des radars et intercepteurs, destinés, officiellement, à protéger les pays de l’OTAN d’une attaque en provenance de pays comme l’Iran. Une demande qui correspond aussi au souci de Paris d’exister davantage dans le commandement intégré de l’OTAN, que Nicolas Sarkozy a rejoint en mars 2009.

Côté industriel, il s’agit de ne pas accepter «clés en main» un système américain qui aurait pour conséquence de «siphonner les budgets de défense» du Vieux Continent déjà mis à rude épreuve. La zizanie semée par la décision britannique d’acquérir le chasseur bombardier F-35 au détriment des alternatives européennes a relancé les inquiétudes dans plusieurs capitales (LT du 15.5.12).

Dernier point enfin: l’hostilité de Moscou. Lors du dernier conseil OTAN-Russie, les représentants du Kremlin ont réitéré que ce bouclier antimissile serait capable d’intercepter les missiles russes, donc d’amoindrir leur dissuasion. Donc que la seule issue possible était de coopérer. A bon entendeur…

Défense «intelligente» et mutualisée

Vingt-trois projets multinationaux de smart defense seront présentés à Chicago par le général Abrial, chargé de la «transformation» de l’OTAN. L’idée, lancée au sommet de Lisbonne, consiste à proposer aux alliés, et également aux pays du Partenariat pour la paix (dont la Suisse), des chantiers communs, en particulier pour la logistique, la maintenance et l’entraînement. Une réponse à la crise financière qui, partout en Europe, rogne les budgets militaires. Des initiatives similaires sont prises par l’Agence européenne de défense, avec laquelle la Confédération a conclu un «arrangement administratif» en mars.

Cette smart defense n’est que le début d’un processus, mais elle bute sur trois obstacles: tous les pays de l’OTAN ne veulent pas couper ou investir dans les mêmes secteurs, compte tenu de leurs intérêts divergents; beaucoup craignent de se voir toujours plus tributaires des Etats-Unis; et les expertises technologiques requises posent de nouveau la question du type de liens avec des partenaires hors OTAN, comme le Japon ou l’Australie. Un chantier aussi décisif que compliqué.