L'essentiel

L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) ouvre une enquête sur le détournement par Minsk dimanche du vol de Ryan Air dans lequel se trouvait le journaliste Roman Protassevitch. Moscou et Pékin ont fait savoir qu'il y étaient opposés

Vladimir Poutine reçoit aujourd'hui son allié Alexandre Loukachenko, tandis que la Russie maintient son soutien à la thèse biélorusse d'une menace terroriste à bord 

La famille du journaliste a appelé les Occidentaux à lutter pour la libération de leur fils

Le PDG de Ryanair évoque dans une lettre «un détournement prémédité et illégal»


Vols annulés: l'UE veut connaitre les intentions de Moscou avant de prendre des mesures 

L'Union européenne veut savoir si les entraves mises par la Russie aux liaisons aériennes sont ponctuelles ou s'il s'agit d'une décision politique, avant de prendre des mesures, a annoncé vendredi le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

«Nous avons eu des informations sur des obstacles empêchant des avions européens de décoller et d'atterrir à Moscou, ce qui a perturbé le trafic. Mais nous ne savons toujours pas s'il s'agit d'un cas par cas (...) ou d'une directive générale des autorités russes afin d'obliger les avions européens à survoler la Biélorussie», a-t-il déclaré à son arrivée pour une réunion avec les ministres de la Défense de l'UE à Lisbonne.

«Nous étudions la situation, mais franchement, nous devons attendre et voir pour prendre des mesures, a-t-il expliqué. Le risque d'escalade existe toujours avec la Russie».



■ Des vols européens annulés faute d'autorisation russe

Austrian Airlines a annulé jeudi un vol qui devait relier Vienne à Moscou, faute d'avoir reçu le feu vert de la Russie pour éviter l'espace aérien du Bélarus, a annoncé la compagnie autrichienne. 

«Les autorités russes ne nous ont pas donné l'autorisation» de changer d'itinéraire pour contourner le Bélarus, a indiqué la compagnie dans un communiqué. «Par conséquent, nous avons dû annuler le vol d'aujourd'hui entre Vienne et Moscou», a ajouté Austrian Airlines dans un communiqué transmis à l'AFP.

Le ministère autrichien des Affaires étrangères a dénoncé une «réaction russe absolument incompréhensible», qu'il lie aux sanctions récemment adoptées par l'Union européenne (UE) contre la Biélorussie. «La réaction russe est donc disproportionnée. Nous demandons instamment à la Russie de ne pas entraver artificiellement la libre circulation aérienne.»

Le ministère russe des Transports a déclaré à l'AFP «n'avoir aucun commentaire à faire pour l'instant».

Air France a été obligée d'annuler au moins quatre vols pour la même raison.


■ L'OACI ouvre une enquête

L’Organisation de l’aviation civile internationale a décidé jeudi tard dans la nuit «d’entreprendre une enquête factuelle» et souligné «l’importance d’établir les faits sur ce qu’il s’est passé et de comprendre s’il y a eu violation du droit international de l’aviation par un Etat membre de l’OACI, y compris de la Convention (de Chicago, ndlr.) sur l’aviation civile internationale et de ses annexes». Un premier rapport devrait être rendu d'ici la fin du mois de juin.

L’instance a également appelé «tous les Etats membres de l’OACI et les autres parties prenantes concernées à collaborer à cette enquête», qui sera menée par le secrétariat de l’OACI. Cette décision a été prise lors d’une réunion d’urgence à huis clos de son organe directeur, durant laquelle étaient convoqués les 36 représentants diplomatiques du Conseil. 

Deux pays ont tenu à dire leur opposition: la Russie et la Chine. La Russie a défendu la version des faits de la Biélorussie, accusant les Occidentaux de s’être déjà fait une opinion avant même d’examiner les faits. 

«Des arguments repris par le représentant chinois, de façon plus discrète et posée, mais mettant néanmoins en garde contre le fait de ne pas préjuger des résultats de l’enquête », a indiqué un représentant aux agences de presse. 

Mercredi, les membres européens du Conseil de sécurité de l’ONU et les Etats-Unis avaient appelé l’OACI «à enquêter d’urgence» sur le détournement de l’avion, dans une déclaration conjointe.

En cas de violation avérée des règles internationales, le rôle de l’OACI, qui n'a pas de pouvoir de sanction, consiste simplement à «aider les pays qui le voudraient à mener les discussions, à prononcer les condamnations, à appliquer les sanctions, etc., conformément à la Convention de Chicago», rappelle l’OACI sur son site. La Convention de Chicago de 1944, dont Minsk est signataire depuis 1993, établit les règles de l’aviation civile internationale. Le texte indique que «chaque État contractant convient de ne pas employer l’aviation civile à des fins incompatibles avec les buts de la présente convention».


■ Rencontre Loukachenko-Poutine ce vendredi à Sotchi

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko doit être accueilli par son homologue russe  dans sa résidence d'été de Sotchi, sur les bords de la mer Noire, dans le sud de la Russie, officiellement pour parler de «l"intégration» entre les deux ex-républiques soviétiques, un projet que Moscou caresse de longue date, et de leurs «projets communs, notamment économiques», selon le site du Kremlin.

Mais le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a d'ores et déjà donné le ton jeudi en insistant sur le fait que l'Occident devait «cesser de diaboliser ceux qu'il n'aime pas».

Et le Kremlin s'en tient à sa position exprimée mercredi par son porte-parole, Dmitri Peskov: il n'y a aucune raison de douter des explications de la Biélorussie, qui soutient avoir dérouté l'avion de RyanAir dimanche uniquement à cause d'une alerte à la bombe, sans savoir que le journaliste d'opposition, Roman Protassevitch, était à bord.


■ La famille appelle à l'aide

Les parents de Roman Protassevitch restent sans aucun contact avec leur fils depuis son arrestation dimanche à l'aéroport de Minsk. Ils demandent à la communauté internationale d'agir

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■ La lettre du PDG de Ryanair

Le Wall Street Journal fait état d'une lettre très en colère que Micheal O'Leary, le PDG de Ryanair, a envoyée à la direction biélorusse de l'aviation, protestant contre «un détournement prémédité et illégal». 

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